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dans L’édito de Carole Barjon

Quand Edouard Philippe se voit déjà au second tour

Carole BarjonParCarole Barjon
3 septembre 2026
Quand le « cave » Lecornu se rebiffe…

Lors de sa rentrée politique la semaine dernière, le président du parti Horizons, favori des sondages dans le bloc central, a déjà imaginé ce qu’il faudrait construire après son éventuelle accession à l’Elysée, loin des préoccupations actuelles des Français.

« De la sueur, peut-être, mais le sang et les larmes c’est avec Jean-Luc Mélenchon que vous les aurez ». De la sueur, donc, a assumé le président du parti Horizons lors de sa rentrée politique, car « il faudra travailler plus longtemps ». Sans doute. Mais jusqu’à quel âge ? 67 ans ? 65 ? 64 ?  

Mystère pour le moment. Dimanche dernier, Edouard Philippe s’est bien gardé d’être trop précis sur les sujets économiques et sociaux pour ne pas fâcher son ami Gérald Darmanin, défenseur d’une droite sociale, qui l’avait invité à Tourcoing pour la rentrée politique de son mouvement « Populaires », mais aussi pour tenter d’en finir avec son surnom de « Monsieur 67 ans ». Il est vrai que le maire du Havre avait déjà largement exposé ses vues devant l’université du Medef le jeudi précédent, décrétant, entre autres propositions telles que la réduction de l’indemnisation du chômage, qu’il fallait en finir avec « L’open bar des arrêts de travail ». Ce qu’il a préféré ne pas répéter à Tourcoing. 

De même, on n’en saura pas beaucoup plus qu’il n’ait déjà dit à propos de la politique d’immigration, hormis le fait qu’il ne reprend pas à son compte l’idée d’un « moratoire », défendue par son ami Darmanin. Très disert sur la situation à Mayotte où il s’est rendu récemment et où il faudra, dit-il, réduire les flux migratoires et revenir sur le droit du sol, il est passé plus rapidement sur la situation en métropole. Développant d’abord longuement les raisons économiques pour lesquelles il défend la nécessité d’une immigration de travail, il a cependant annoncé qu’il faudrait « revoir notre système d’aides sociales aux étrangers, comme c’est le cas au Danemark ». Mais pas question de réviser la Constitution comme le préconise Bruno Retailleau pour, par exemple, durcir les conditions du regroupement familial ou instaurer une politique de quotas. Quant aux accords franco-algériens de 1968 dont il préconise depuis longtemps la dénonciation, Edouard Philippe a semblé esquisser un léger recul sur ce point en précisant, plus tard sur BFM, que ce devrait être fait en concertation avec les instances européennes.

Bref, plutôt qu’entrer dans les détails, le maire du Havre a préféré développer plus largement sa vision d’un futur lointain et de ce qu’il conviendrait de faire après la présidentielle s’il en sortait vainqueur.  Certes, quelques minutes auparavant, Darmanin lui avait ouvert la voie sur ce sujet en motivant son ralliement au président d’Horizons par le fait qu’il était le seul, selon lui, à pouvoir obtenir une majorité à l’Assemblée nationale s’il devenait président de la République. Certes, Edouard Philippe, qu’on avait dit en difficulté avant l’été, se maintient à un bon niveau dans les sondages, devant Gabriel Attal et devant Bruno Retailleau qui peine à s’imposer. De quoi lui donner bon espoir de continuer de faire la course en tête au sein du bloc central. 

Mais de là à enjamber le premier tour et se situer déjà après une éventuelle victoire au second tour de l’élection présidentielle, il y a un gouffre que le maire du Havre a franchi allègrement. On a ainsi appris qu’il envisageait une réorganisation de son éventuelle future majorité et la création d’une grande confédération de la droite et du centre. Œuvre dans laquelle « Gérald aura un grand rôle à jouer » : Premier ministre ou patron du parti présidentiel ? Il ne s’agit pas de « recréer l’UMP », a cru bon de préciser celui qui en fut le directeur général au début des années 2000 pour écarter toute critique sur le thème « Retour vers le futur ». Quoi qu’il en soit, l’annonce semblait bien décalée par rapport aux préoccupations des Français en cette rentrée.    

Pour éviter de rentrer dans les détails d’un programme qui n’est pas encore finalisé ? Pour continuer de mieux ménager la droite, le centre et les macronistes en ne creusant pas trop les sujets qui fâchent ? Sans doute. Mais si, comme plusieurs de ses soutiens le pensent, Edouard Philippe a davantage intérêt à obtenir le moment venu un ralliement du patron des Républicains et le soutien de ses électeurs susceptibles de basculer vers le RN, plutôt que celui des macronistes, il n’est pas certain que le flou qu’il entretient sur la question de l’immigration soit de nature à les séduire. Pour le moment en tout cas.

Carole Barjon,
éditorialiste politique   

Carole Barjon

Carole Barjon a commencé sa carrière comme journaliste politique à La Croix. Elle a ensuite rejoint le Nouvel Observateur en tant que journaliste puis chef du service politique et grand reporter-éditorialiste jusqu'en 2024. Elle intervient régulièrement en qualité d'éditorialiste à France Info, France 24 et BFMTV.

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