Si elle ne bouleverse pas la Haute Assemblée dont la majorité demeure à droite et au centre, la création d’un groupe du Rassemblement national pour la première fois au Sénat, est le signe d’une droitisation continue du territoire.
Pas de révolution, mais quelques surprises. Le résultat des élections sénatoriales de dimanche dernier est -presque- conforme aux pronostics des fins connaisseurs de la Chambre haute. Les Républicains perdent quelques plumes mais demeurent le premier groupe de la majorité sénatoriale qui regroupe l’Union centriste et les Indépendants. Quant à la progression du Rassemblement national, jusque-là représenté par trois sénateurs, elle était attendue. Après les élections municipales de mars dernier lors desquelles le parti lepéniste a emporté plusieurs villes, il était logique qu’il renforce son implantation au Sénat, puisque les sénateurs sont élus par un corps constitué de maires, de conseillers régionaux, départementaux et municipaux. Le RN espérait donc pouvoir faire élire sept sénateurs pour atteindre la barre des dix, nécessaire pour former un groupe dans la Haute Assemblée.
Le résultat va pourtant bien au-delà de ses espérances. Pour la première fois de son histoire le parti de Marine Le Pen dispose d’un groupe au Sénat, symbole de sa progression continue depuis 40 ans… et de sa notabilisation. En outre, le gain est plus important qu’il ne l’attendait : 12 sénateurs en plus, au lieu des 7 espérés.
Avec un groupe de 15 élus, le RN conforte donc son assise au Sénat où il pourra non seulement poser des questions au gouvernement, initier des commissions d’enquête, participer à la conférence des présidents et à l’établissement de l’ordre du jour, mais aussi bénéficier de moyens financiers supplémentaires. De même, il poursuit aussi son implantation dans de nombreux territoires. En dehors des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône, du Var ou du Vaucluse, où il était solidement installé, il gagne aussi en Gironde et, plus inattendu, en Seine-Maritime, le département d’Edouard Philippe, avec l’élection de Léon Levasseur, ex-LR.
Ce dernier exemple démontre que de nombreux maires de petites communes cachent parfois un penchant pour le Rassemblement national bien que sans étiquette ou Divers droite. Ainsi, au-delà du nombre de sénateurs élus, le RN a beaucoup gagné en nombre de voix : 3 à 4 fois plus que lors des dernières élections. « Il y a une très forte poussée à droite », remarquait avant même les résultats, le président de l’Union centriste Hervé Marseille. Ce qui pourrait se traduire par une nouvelle avancée lors du prochain renouvellement du Sénat. L’influence de ces nouveaux sénateurs RN « va peser sur les élus locaux sur le terrain et pourrait avoir des effets la prochaine fois », remarque le constitutionnaliste Benjamin Morel.
En attendant, le président du Sénat Gérard Larcher, tout comme Claude Malhuret, président du groupe Les Indépendants, et Hervé Marseille ont tout de même tenu à rappeler le rôle de contrepouvoir de la Chambre haute, sans laquelle aucune révision de la Constitution, souhaitée par le RN, n’est possible.
Carole Barjon,
éditorialiste politique












