Le dernier débat télévisé entre les candidats à la primaire du PS a démontré que, sur le sujet majeur de l’éducation, les socialistes n’ont pas tiré les leçons des erreurs du passé.
Les socialistes auraient-ils la mémoire courte ? Ou préfèrent-ils ignorer une réalité qui les dérange ? On peut légitimement se poser la question après avoir entendu les cinq candidats à la primaire de la gauche s’exprimer sur l’éducation, dimanche dernier sur BFMTV. A la suite du député du Val d’Oise Emmanuel Maurel, membre du groupe Gauche Démocrate et républicaine qui regroupe aussi les communistes, les quatre autres concurrents ont, à quelques nuances près tout de même, entonné le même refrain : « Au public, l’argent public ». Haro donc sur l’école privée, même sous contrat avec l’Etat. Voilà un mot d’ordre qui fleure bon les années 80 et l’assaut alors lancé contre le privé par le ministre Alain Savary. Ce dernier fut finalement contraint par François Mitterrand à démissionner après le succès de la manifestation monstre organisée par l’enseignement catholique et tous ceux qui défendaient « la liberté de choix ».
Retour de la guerre scolaire ? Les cinq prétendants s’en sont certes défendus. Pas question pour eux de couper purement et simplement les vivres à l’enseignement privé sous contrat. Mais il faut lui imposer de la « mixité sociale » afin, comme l’a dit Olivier Faure, qu’il n’y ait « pas d’établissements de riches » d’un côté « et de pauvres » de l’autre. L’intention est louable. Mais elle fait fi d’une réalité criante et fait l’impasse sur la raison pour laquelle, depuis une bonne quinzaine d’années, de nombreux parents choisissent d’inscrire leurs enfants dans une école privée, au point que celle-ci a du mal à satisfaire la demande.
Cette raison est pourtant simple : l’école publique, notamment l’école primaire, a failli à sa mission de transmettre les fameux fondamentaux « Lire, écrire, compter ». Alors que de nombreux professeurs, de droite ou de gauche, ont alerté il y a déjà plus de vingt ans sur le niveau scolaire, les résultats -désolants- sont toujours les mêmes : 20 % des écoliers ne maîtrisent pas la langue française à l’entrée en sixième, ce qui handicape leur avenir. Quant aux enquêtes Pisa menées depuis des années par l’OCDE sur des élèves de 15 ans, elles révèlent toujours le même désastre. Les efforts de Jean-Michel Blanquer en direction du cycle élémentaire et du collège n’ayant pas eu le temps de porter leurs fruits, la dernière étude en date, publiée début septembre, révèle que le mal a encore empiré. Entre 2022 et 2025, leur niveau en maths a baissé de 16 points et se situe désormais à la 34ème place au sein des pays de l’OCDE. Ce n’est guère mieux en compréhension écrite : un recul de 18 points à la 28ème place…
Or, malgré les meilleures intentions du monde (l’épanouissement de l’enfant), la gauche, notamment sous l’influence des « pédagogistes », a une grosse part de responsabilité dans ce naufrage. De la défense par le puissant syndicat national des instituteurs de la méthode semi-globale pour l’apprentissage de la lecture à la suppression de la dictée et des cours de grammaire, en passant par la loi Jospin de 1989 qui a placé l’élève au centre du système éducatif en lieu et place du savoir et supprimé les écoles normales d’instituteurs, l’école primaire a échoué à transmettre les savoirs de base nécessaires pour poursuivre des études supérieures. Le comble étant que ce sont les écoliers issus de milieux défavorisés, dont les parents n’ont pas les outils pour compenser les lacunes de l’école élémentaire, qui en pâtissent en premier….
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’à chaque rentrée, on assiste à une ruée sur le privé, y compris de la part de parents résidant dans des quartiers difficiles prêts à économiser sur d’autres dépenses pour assurer à leurs enfants un enseignement de qualité et un environnement cadré. L’enseignement catholique a ainsi noté la progression constante de parents musulmans qui frappent à sa porte.
Curieusement, les prétendants à la primaire socialiste, dont on n’imagine pas qu’ils puissent ignorer les raisons du succès de l’école privée dans tous les milieux sociaux, ne se sont guère étendus sur les réformes à entreprendre pour redresser l’école publique ou sur le soutien spécifique à apporter aux enfants issus de l’immigration et/ou de milieux défavorisés. Ils ont préféré plaider pour le conditionnement des subventions de l’Etat à l’enseignement privé à une obligation de mixité sociale via la carte scolaire que ce dernier serait contraint d’appliquer. En clair, s’attaquer aux conséquences du mal plutôt qu’à ses causes. Dommage.
Carole Barjon,
éditorialiste politique









