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dans International

Elections présidentielles au Brésil en 2026 : et maintenant ?

Pascal DrouhaudParPascal Drouhaud
3 novembre 2026
Elections présidentielles au Brésil en 2026 : et maintenant ?

cabuscaa / Shutterstock.com

Tribune

Rarement une élection présidentielle brésilienne aura compté autant de rebondissements dans sa dernière ligne droite ! Réélu le 25 octobre 2026, au second tour de l’élection présidentielle, à la tête de la République fédérative du Brésil, première économie d’Amérique latine, forte de ses 8,5 millions de km² et 214 millions d’habitants, Inácio Lula da Silva (1) a remporté une victoire qui s’annonçait hypothétique et incertaine au soir du 1er tour. 

En rassemblant 51,79% des voix (64 256 232 voix) contre 48,2% (59 826 041 suffrages) pour son adversaire Flavio Bolsonaro (2), le président sortant a fait mentir tous les sondages de l’entre-deux-tours. Trois semaines plus tôt, au premier tour du 4 octobre, la situation s’annonçait difficile pour lui : Flavio Bolsonaro menait avec 47,03 % contre 45,16 % pour Lula. Pour la première fois depuis le retour à la démocratie dans les années 1980, un candidat arrivé deuxième au premier tour a renversé la tendance. Le départ précipité de Flavio Bolsonaro, certains parlent de « fuite », trois jours après l’élection, paralyse pour un temps, une opposition qui portant, va contrôler le parlement fédéral, et détient la majorité des 27 Etats (avec le District fédéral) qui composent le Brésil.

Les défis ne manquent pas. Ce quatrième mandat non consécutif voit déjà s’accumuler de nombreuses interrogations et inquiétudes. La première porte sur la gouvernance : le Sénat comme la chambre des députés, sont détenus par les opposants de Lula et de son Parti des travailleurs. Le premier groupe parlementaire est le Parti libéral contrôlé par Bolsonaro. Sa fuite pour les USA, d’où il entend conduire l’opposition, ouvre en fait la voie à une réorganisation de la direction de son mouvement et de la stratégie politique. Une « guerre des chefs » s’annonce déjà tandis que le nouveau mandat présidentiel s’annonce comme une période de « cohabitation », l’exécutif brésilien devant, au mieux, négocier les textes législatifs au cas par cas ou affronter un blocage parlementaire. Pour Lula, il s’agit d’éviter le pire, c’est-à-dire un blocage, sinon une destitution à l’instar de Dilma Roussef (3), destituée en 2016. Le combat s’annonce âpre si l’opposition fédérale parvient à maintenir son unité.

Second axe de préoccupation, l’économie et les marchés financiers, inquiets comme le rappelle leur réaction dès l’ouverture de la bourse de Sao Paulo: la B3  a déclenché un « circuit braker », un arrêt des échanges pendant 30 minutes à l’ouverture au lendemain de l’élection tandis que le Bovespa, principal indice boursier brésilien, était en chute de 16% dès lundi 26 octobre.

Lula va devoir très rapidement rassurer les marchés sur la crédibilité de son projet économique. Pour y parvenir, sans doute devra-t-il rechercher des alliances avec le centre-droit dont est issu son Vice-Président, Geraldo Alckmin (4).

La dette publique brute dépasse 82 % du PIB, un niveau élevé pour un pays émergent, et les dépenses obligatoires absorbent l’essentiel du budget fédéral, laissant peu de marge de manœuvre. Les taux d’intérêt restent parmi les plus élevés au monde, avec un « Selic » (le taux de référence de la Banque centrale brésilienne), autour de 13,75 % au moment de l’élection, ce qui freine l’investissement et alourdit le service de la dette. Les projections de croissance pour 2027 tournent autour de 1,3 % selon le consensus du marché, avec des estimations encore plus basses chez certains instituts, sous l’effet combiné d’une politique monétaire restrictive, d’un ajustement fiscal attendu et d’une possible baisse des prix des matières premières. L’inflation, bien qu’en baisse, reste au-dessus de la cible centrale de 3 %.

Le chômage est à un niveau historiquement bas, mais l’endettement des ménages est record, avec des dizaines de millions de Brésiliens en retard de paiement.

Lula a mis en avant pendant la campagne des mesures de soutien au pouvoir d’achat et de protection sociale, mais déjà, les milieux financiers soutiennent que la poursuite de ces politiques sans assainissement des comptes publics risque d’alimenter une crise de confiance des marchés.

En matière de politique intérieure, la question de la sécurité publique constitue un autre front majeur. Le crime organisé, le narcotrafic et la violence urbaine incarnés par les fameux gangs, « Primeiro Comando da Capital » et « Comando Vermelho », restent des préoccupations centrales pour une large partie de l’électorat. La droite a fait de la fermeté, son cheval de bataille, et le Parlement poussera pour des mesures plus répressives. Lula, qui a historiquement mis l’accent sur les causes sociales de la violence et sur des politiques de prévention, devra trouver un équilibre. Les échecs passés dans la lutte contre le crime organisé dans certaines favelas et les tensions avec les forces de police de certains États compliquent la tâche.

Sur le plan environnemental, le Brésil reste un acteur clé de la lutte contre le changement climatique en raison de l’Amazonie. Lula a fait de la réduction de la déforestation un élément central de sa politique internationale et de son image. Les résultats des dernières années ont été contrastés, avec des progrès dans certaines zones mais des pressions persistantes liées à l’agriculture, à l’extraction minière et aux infrastructures. En 2025, le niveau de déforestation est le plus bas depuis 2022, avec 3305 km² détruits. Lors de la prise de fonction de Lula en janvier 2023, il était de près de 12 000 km².

Membre du G20, des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Éthiopie, Égypte, Iran, Émirats arabes unis, Indonésie), et sous l’impulsion de Lula, le Brésil a été un moteur d’une approche multilatérale sur la scène internationale. «L’activisme diplomatique de Lula » (5) l’a conduit à une forme de « tentation du Sud global », n’hésitant pas à remettre en question la gouvernance mondiale née en 1945 et l’architecture financière construite lors des accords de Bretton Woods de 1944.

Lula a fait en 2026 d’un « non-alignement » sur Washington un pilier de sa politique étrangère, en s’inscrivant à rebours de la tendance actuelle en Amérique latine, les candidats de droite ou issus d’une nouvelle droite, nationale et libérale sur le plan économique. Elle place la lutte contre le narcotrafic et la sécurité au premier rang des priorités. Elle a remporté successivement les élections sur le continent (6). Les USA, depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump en janvier 2025, ont conceptualisé une alliance avec les États latino-américains dans le cadre du « Bouclier des Amériques » (Shield of the Americas). (7) : les liens renforcés visent à répondre aux défis de sécurité (lutte contre le narcotrafic, immigration clandestine, sécurisation de l’espace latino-américain) en développant une interdépendance politique, sécuritaire et économique.

Le Brésil n’en est pas membre. À l’instar du Mexique, de l’Uruguay, du Guyana ou de la Barbade dans la région des Caraïbes. Le Nicaragua et Cuba sont en marge, considérés comme des « régimes hostiles » par les États-Unis et leurs alliés. Il est certain qu’une raison économique explique également cette position : la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil.

Le montant des échanges commerciaux avec Beijing s’élève à 171 Mds USD et représente 27% du commerce extérieur brésilien qui porte sur un total de 348 Mds USD. Les USA représentent 83 Mds USD, l’Europe, 100 Mds. Le commerce inter-latino-américain concerne pour sa part 12% du total, avec 43 Mds d’échanges. Le premier partenaire régional est l’Argentine avec laquelle les relations politiques sont actuellement très tendues, le président Milei ayant pris fait et pour cause pour Flávio Bolsonaro pendant la campagne présidentielle.

 

Le Brésil entre dans une période de tensions institutionnelles, marquée par une polarisation politique mais également géographique et sociale : le Nord-Est et une partie du Nord continuent de soutenir massivement Lula, tandis que le Sud, le Centre-Ouest et de larges portions du Sud-Est restent ancrés dans le « bolsonarisme ».

La stabilité institutionnelle qui influence la sphère socio-économique dépendra de la capacité de Lula à composer des majorités de circonstance, tout en rassurant les marchés sur le sérieux et la crédibilité budgétaire. La sécurité et l’environnement resteront des terrains de confrontation, constituant autant de fronts actifs pour des visions différentes des sociétés. À l’international, le Brésil peut conserver un rôle de pont entre les blocs, mais il devra agir avec prudence, entre les pressions américaines et ses ambitions de leadership dans un « Sud global » placé au cœur des nouvelles confrontations internationales.

 

Pascal Drouhaud,
Spécialiste en relations internationales, président de l’association LatFran (www.latfran.org), membre du Cercle Fontenoy (think tank du Chef d’État-major de l’armée de terre) et auteur notamment de « FARC, confessions d’un guérillero, Choiseul, 2008 ». 

—–


  1. Né le 27 octobre 1945 dans l’État du Nordeste, Inácio Lula da Silva est issu du monde syndical qu’il a intégré dans les années 1970 en étant métallurgiste. Député fédéral pour le Parti des travailleurs dont il est l’un des fondateurs en 1980, il est candidat aux élections présidentielles en 1989, 1994 et 1998. Il est élu en 2002 puis en 2006. L’annulation de sa condamnation dans le cadre de l’Opération « Lava Jato » en 2022 lui permet de mener une campagne victorieuse contre Jair Bolsonaro.
  2. Né le 30 avril 1981 à Rio de Janeiro, Flavio Bolsonaro est avocat. Député de l’État de Rio de 2003 à 2019, il est élu sénateur fédéral pour le parti libéral dont il était candidat présidentiel en 2026 après avoir été désigné par son père, Jair Bolsonaro, président de 2019 à 2023 et dans l’impossibilité de se présenter après avoir été condamné à une peine de 27 ans pour « tentative de coup d’État ».
  3. Dilma Roussef a été présidente de la République fédérative du Brésil de 2011 à 2015, réélue pour un second mandat de 2015 au 31 août 2016. Elle est actuellement la présidente de la banque des BRICS.
  4. Geraldo Alckmin, né le 7 novembre 1952, est Vice-Président du Brésil depuis le 1er janvier 2023. Il a été le président du parti PSDB (parti social-démocrate brésilien ).
  5. Pascal Drouhaud : « Amérique latine – L’intense activité internationale du président Lula da Silva », Revue Défense nationale, Été 2023 – p. 176-180
  6. Les alternances ont commencé dès 2019 : Nayib Bukele au Salvador, Rodrigo Chaves au Costa Rica en 2022, Daniel Noboa en Équateur et Javier Milei en Argentine en 2023, Nasry Asfura au Honduras en 2025, Raúl Mulino au Panama en 2024, José Antonio Kast au Chili en 2025, Keiko Fujimori au Pérou comme Abelardo de la Espriella en Colombie en 2026.
  7. Pascal Drouhaud « Sommet « Bouclier des Amériques » : une nouvelle Alliance autour de Donald Trump » Revue Défense nationale, Avril 2026 – p. 116-121.
Pascal Drouhaud

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