Le diagnostic de performance énergétique fait l’objet de toutes les attaques depuis des années. En fait, c’est depuis que la loi Climat résilience l’a associé à des interdictions de louer les logements aux performances écologiques insuffisantes que les propriétaires et les professionnels de la location et de la gestion l’ont voué aux gémonies. Au passage, les diagnostiqueurs immobiliers ont en pris pour leur grade: on a identifié une proportion de DPE insincères, soit par manque de rigueur dans le calcul, soit par manque d’intégrité, des bailleurs sinon des mandataires ayant orienté les conclusions pour échappé à l’interdiction de louer. Au bout du compte, voilà que ces trois lettres, DPE, sont devenues un enjeu de la campagne électorale pour l’élection présidentielle! Qui eût imaginé ce destin pour un simple diagnostic? Personne sans doute quand il a été créé il y a vingt ans. Deux candidats pour l’instant se sont exprimés sur le sujet, Bruno Retailleau et Jordan Bardella. Ils sont partisans de la levée des interdictions de louer, même si on leur fait dire un peu vite qu’ils sont opposés au DPE lui-même. Il est temps que les propriétaires et les professionnels de l’immobilier, en particulier résidentiel, tiennent un discours précis. Depuis plusieurs années, on entend qu’ils sont réticents à la mutation environnementale, et méfiants envers le DPE. Remettre l’église au milieu du village est essentiel et urgent, pour que les programmes politiques ne cèdent pas à la tentation du clientélisme et ne jettent le bébé avec l’eau du bain.
Dans son propos d’ouverture des Assises du diagnostic, le ministre de la ville et du logement rappelait que les diagnostiqueurs étaient les garants de la transparence et de la sécurité des transactions. Ils permettent aussi aux détenteurs du patrimoine résidentiel que sont les ménages français de connaître la qualité de ce dont ils sont propriétaires, sans même d’intention de cession ou de location. En outre, et Vincent Jeanbrun y a insisté, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt: les diagnostiqueurs immobiliers réalisent la dizaine de diagnostics obligatoires, permettant de détecter les principales pathologies ou fragilités des immeubles. La présence de plomb, d’amiante, l’exposition aux risques naturels, la dangerosité de l’installation électrique, les traces d’insectes xylophages menaçant les structures en bois, toutes informations vitales, la superficie bien sûr qui conditionne le confort, voilà ce que révèlent les rapports des diagnostiqueurs. On l’oublie, obsédés par le DPE et les conséquences d’un manque de vertu environnementale. Demain, d’autres diagnostics seront rendus nécessaires par les changements climatiques ou le vieillissement des matériaux, et la transparence immobilière y gagnera.
Les diagnostiqueurs se sentent un peu comme les enfants de parents divorcés qui se déchirent. Ils se sentent estimables pour la mission qu’ils accomplissent et à ce titre estimés d’une partie de la population, et pourtant traités en parasites par une autre partie, trop souvent les autres professionnels de la filière. Ceux-là mettent en péril purement et simplement le progrès considérable que l’immobilier a accompli depuis la première obligation diagnostique, le mesurage Carrez en 1997, jusqu’aux plus récentes. Au motif, comme eût dit Georges Pompidou -en 1966 à Matignon- qu’ « il faut arrêter d’emmerder les Français. » Sauf qu’il peut être heureux de les emmerder pour leur bien et celui de leur patrimoine.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers



















