Le covid-19, une pandémie qui a franchi la ligne de la catastrophe en Iran

Les dernières 24 heures ont enregistré plus de 2 000 morts du covid-19 en Iran. Cependant, selon les statistiques hospitalières et le nombre d’inhumations dans les cimetières, l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) estime que le chiffre dépasse 364 400 morts du coronavirus dans 547 villes iraniennes.

Il s’agit d’une hausse exponentielle du nombre des morts du covid-19 en Iran, et le cinquième pic n’a pas encore atteint son apogée. La situation alarmante du pays fait de l’approvisionnement en vaccins étrangers réputés une urgence pour contrer ce problème. En effet, on a besoin d’au moins 120 millions de doses de vaccins, tout en considérant que les mutations du virus peuvent imposer une troisième dose de vaccination. Contrairement aux déclarations des responsables étatiques iraniens au début de l’entrée du virus dans le pays, l’Iran avait les budgets nécessaires à l’importation du vaccin, ainsi qu’à l’apport des aides de subsistance à la population durant la quarantaine et la fermeture générale pendant les pics du virus. Et malgré la disponibilité des fonds, le gouvernement a choisi de ne mettre en œuvre aucune des deux actions.

Le directeur de l’unité de soins intensifs de l’hôpital Imam Reza à Mashhad, Alireza Sedaghat, a déclaré dans un rapport choquant : « 40% des morts du covid-19, enregistrés aux hôpitaux Ghaem et Imam Reza, surviennent dans les 24 à 36 heures suivant l’admission des patients. Les choses ne vont pas, la situation est tellement terrible. Jeunes, vieux, filles et garçons meurent. Les hôpitaux sont saturés et le cadre soignant est fatigué et exposé au risque d’attaque au coronavirus. » Quant aux statistiques officielles, le directeur de l’hôpital de Mashhad a déclaré : « Le nombre réel des décès est celui officiellement publié multiplié par trois et demi » et dans une correspondance de 357 professeurs universitaires aux responsables du pays : « … le nombre des morts est autant que deux avions par jour. » (Agence de presse ISNA, 11 Août 2021)

Dans une révélation choquante, Alireza Zali, chef du siège de Corona à Téhéran, a déclaré : « Les dépenses liées aux médicaments faisant partie du protocole de traitement anti-covid sont plusieurs fois supérieures au budget nécessaire pour l’acquisition de vaccins. Et quand les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé sont arrivés en Iran, au lieu de les consulter, nous avons caché le nombre réel de morts à l’OMS et nous avons constamment insisté pour qu’ils fassent l’éloge du système de santé iranien dans les médias. Nous aurons des nouvelles pires pour les semaines à venir, car la situation va sûrement empirer. Le variant Delta du coronavirus a duré trois mois en Inde ; où ils ont rapidement vacciné tout le monde. Chez nous, on a dépensé 720 millions d’euros en médicaments injectables Remdesivir, alors que nous aurions dû en importer, des vaccins. Comment se fait-il que nous payions de plein gré trois fois plus pour acquérir du matériel d’extraction de pétrole à cause des sanctions, et ne le faire pour l’achat des vaccins ? » (Agence de presse ISNA, 11 août 2021) Et selon le journal pro-régime Hamdeli « cela (la pandémie et les vaccins) va créer une crise sécuritaire dans le pays ».

Pendant ce temps, Khamenei a encouragé dans un récent discours les iraniens à participer aux rassemblements de deuil d’Achoura (au cours desquels le troisième imam chiite qui s’était soulevé contre l’oppression a été tué, et depuis lors, les chiites pleurent ce jour-là.)

Khamenei interdit l’importation de vaccins réputés

Précédemment, Khamenei a interdit dans un discours, le 8 janvier 2021, l’importation des vaccins des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, sous prétexte de méfiance envers les occidentaux. Mais quelle réalité se cache derrière cette interdiction ?

En faisant une lecture générale de la scène iranienne, deux soulèvements ont marqué ces dernières années, celui du janvier 2017 et de la mi-novembre 2019.

Ce dernier a fait plus de 1 500 morts parmi les manifestants aux armes des agents de sécurité, et l’arrestation de nombreux autres. Ces soulèvements sont dus au mécontentement et au dégoût des gens face au chômage, à l’inflation élevée et à la pauvreté. Le régime, menacé par ces soulèvements, et voulant reporter de futurs troubles sociaux et de probables manifestations et rassemblements, a intentionnellement ignoré la mortalité du covid-19 et l’a laissé se propager dans tout l’Iran sans aucun plan de prévention ou de rétablissement de l’état sanitaire. Par conséquent, par l’interdiction de l’importation de vaccins, Khamenei veut détourner l’attention du peuple des problèmes desquels ils souffrent vers les décès liés au covid-19, et ainsi, empêcher la formation d’un autre soulèvement national, qui sera sûrement le dernier. Et c’est pour cette raison que la plupart des membres du quartier général national pour la lutte contre le coronavirus sont des membres du personnel de sécurité et de renseignement, et que le ministre de l’intérieur, et non le ministre de la santé, est en charge de ce comité.

Khamenei a particulièrement peur de l’expansion sans précédent des unités de résistance en Iran parce que celles-ci ont grandi, ont atteint un niveau sans précédent et ont pris la direction des manifestations et des protestations en main. Ces unités promeuvent la séparation de la religion et de l’État, croient en l’égalité des hommes et des femmes et ont été ouvertement accueillies par les iraniens. Elles ont fait campagne pour le boycott de la récente élection présidentielle, et ont eu beaucoup de succès. Selon des sources fiables, moins de 10% ont voté, et ce malgré toutes les tactiques d’intimidation et de menaces employées par le régime pour encourager voire forcer les gens aux urnes. Bref, tous les signes indiquent que ce régime n’a absolument aucune légitimité auprès de la grande majorité du peuple iranien. Le récent soulèvement du Khouzistan, causé par la pénurie d’eau, atteste que tout manquement ou toute protestation se transformerait rapidement en un soulèvement généralisé. Le régime y réagit en déployant ses forces d’oppression et en réprimant les manifestations.

Selon un journal pro-régime, le nombre foudroyant de décès dus au covid-19 en Iran, le nombre élevé de personnes infectées, le manque de vaccins et la mauvaise gestion ainsi que l’incapacité du gouvernement face à cette pandémie, semblent semer les graines d’un soulèvement national.

Hamid Enayat, Ecrivain et expert de l’Iran