L’élection présidentielle iranienne, une mise à l’épreuve de la légitimité du régime à Téhéran

Les derniers mois ont marqué la scène politique iranienne par une remise en question anonyme de la légitimité du régime par certaines de ses factions. Elle est consolidée par le faible taux de participation aux élections présidentielles, qui peut être interprété comme un signe d’instabilité du régime ; et remet en question la valeur des négociations avec le régime des mollahs dont le soutien populaire est en déclin.

Le membre du Conseil de discernement, Mesbah Yazdi, a annoncé : « La démocratie, qui est à l’origine occidentale, n’est pour nous qu’un outil. Le vote n’est pas la source de notre légitimité … Dans le gouvernement islamique, le vote n’est pas source de légitimité, ni pour le choix du système politique, ni pour les validations législatives et constitutionnelles, ni pour l’élection du président et de l’Assemblée des experts. »

Malgré ces déclarations, la faible participation aux élections démontre que les iraniens ne soutiennent plus le régime, qu’ils sont prêts pour engager un changement et qu’un soulèvement imminent mettra le pouvoir en place en péril.

Etemad Newspaper a publié dans son numéro du 8 octobre 2020 : « Si le (faible) taux de participation aux élections législatives de 2019, qui s’est produit pour la première fois depuis 42 ans de la théocratie iranienne, se reproduit lors des élections présidentielles de l’an 1400 (calendrier iranien, correspondant à 2021), et le peuple élit son 13e gouvernement avec une faible participation, il mettra en cause la légitimité du régime. » A cet effet, toutes les factions politiques, les groupes et les institutions gouvernementales doivent œuvrer pour éviter la chute des votes, et primer un taux de participation important quel que soit le candidat qui remporte les élections et son affiliation politique.

Selon le Morning Star, média officiel, le taux de participation aux élections législatives à Téhéran a été de 16%. Dans d’autres villes, le chiffre a été plus bas, et la majorité des votants l’ont fait par crainte de perdre des subventions et avantages gouvernementaux. Ces jours, il circule même une rumeur que quiconque s’abstient au vote, ne bénéficiera pas du vaccin anti covid-19.

Un membre du Conseil de discernement déclare : « Une faible participation est alarmante pour le régime. Vous pouvez constater que ceux qui veulent renverser le régime appellent à boycotter le vote. C’est une situation critique pour la République Islamique de l’Iran. Cette situation menace la stabilité du régime et présente l’étincelle pour son renversement », a publié le journal Resalat le 20 mai. En Iran, c’est comme une poudrière qui risque d’exploser.

Après les deux soulèvements de novembre 2017 et décembre 2019, où le régime a su de visu les revendications des iraniens ; au lieu de s’investir pour instaurer de significatifs changements, le régime a adopté une politique oppressive. Et au lendemain des manifestations pacifiques des jeunes révoltés en 2019, selon Reuters, 1500 personnes ont été tuées par les unités de résistance. Celles-ci se sont rapidement déployées sur l’étendue du pays.

Ceux qui soutiennent l’opposition démocratique iranienne, qui adopte la légitimité par le vote et la séparation de la religion et de l’Etat comme idéologie, ont boycotté les élections.

Un jeune de 19 ans, dont la mère a été tuée lors du soulèvement de 2019, reconnaît que le vote populaire sous le régime n’a jamais apporté de changements tel que revendiqué par le peuple, et ce pendant 42 ans, la solution comme déclarée par lui : « Garantissez l’avenir de vos enfants en boycottant cette élection ».

Le chef du système judiciaire iranien, Ibrahim Raisi, est candidat aux élections présidentielles. Il est l’un des acteurs du massacre de 1988, au cours duquel 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés. Raisi faisait partie de la « commission de la mort ». Cette commission menait des interrogatoires avec les détenus, et ceux qui insistaient sur leurs convictions retrouvaient la mort comme sort. Ce n’est pas que Raisi, mais tous les candidats futurs à la présidentielle participaient aux 42 ans d’activités criminelles du régime. En conséquence, toute élection sous le régime des mollahs n’a pas de légitimité aux yeux du peuple.

Les unités de résistance iraniennes ont appelé au boycott du vote sur tout le territoire iranien, et ce en écrivant des slogans sur les murs des villes et en distribuant des tracts dans les lieux publics. En réponse à ce mouvement, Ashtari, le commandant des forces de police, a annoncé la mise en place d’une sécurité électorale qui intervient en cyberespace ainsi qu’en espace réel. Il a déclaré : « Toute insulte et diffamation qui incite à s’abstenir de voter et toute action contraire à la loi ; la police les identifiera et les traitera conformément à la loi. » (News Network TV 29/2/140)

Dans le cas où le régime essaie de terroriser et d’oppresser le peuple, les unités de résistance chercheront à briser cette atmosphère de terreur et donneront de l’espoir aux iraniens qui souffrent de la pauvreté, l’oppression et la pandémie. La question qui se pose est si la communauté internationale accusera le régime pour responsable de ces abus et soutiendra le peuple iranien.

Hamid Enayat
Ecrivain et expert de l’Iran