À l’issue des élections municipales de 2026, 83 nouveaux maires ont été élus des villes de plus de 30 000 habitants de l’Hexagone. Comment leur renouvellement s’est-il effectué ? Quelles sont les caractéristiques sociales de ces nouveaux élus et quel a été leur parcours politique ? Quelles évolutions repère-t-on par rapport aux scrutins antérieurs ?
UN MAIRE NOUVEAU SUR TROIS
Près d’un tiers (31 %) des 268 villes de plus de 30 000 habitants de métropole ont changé de maire à la suite des élections municipales de mars 2026. Depuis les élections municipales de 2020, le renouvellement est même plus fort car plus d’une vingtaine de villes ont également changé de maire en cours de mandat, portant ce changement à 41 % d’un scrutin à l’autre.
Cependant, si on s’en tient aux seuls changements lors du dernier scrutin, celui-ci est plus faible que celui intervenu en 2014 : le pourcentage de renouvellement avait alors concerné 42 % de l’échantillon (contre 31 % en 2026)1. Les élections de 2020 sont écartées de la comparaison compte tenu de leur contexte particulier (la pandémie de Covid-19) et de deux tours de scrutin qui s’étaient tenus à 15 semaines d’intervalle.
Il faut noter également que cinq des « nouveaux » maires de 2026 sont en réalité de « faux nouveaux ». Ils avaient déjà occupé cette fonction dans le passé mais, finalement battus, ou en situation de cumul de mandats, ou confrontés à des procédures judiciaires, ils avaient perdu leur mandat de maire qu’ils retrouvent donc à l’occasion des municipales de 2026, à l’exemple de Catherine Trautmann, à Strasbourg, ou de Jean-Christophe Lagarde, à Drancy. Deux autres ont été antérieurement maire d’une plus petite commune.
PRIME AUX SORTANTS… MAIS UN SORTANT SUR CINQ BATTU
Quelles sont les circonstances de ces renouvellements ? Premier cas de figure : le ou la maire sortant qui se représentait est battu. Cela se produit dans 20 % des 268 villes concernées. Deuxième cas de figure : le maire ne se représentait pas et l’équipe qui lui succède gagne ou échoue à conserver la majorité municipale (11 % des situations). Enfin, dernier cas de figure, le plus répandu : le maire sortant, candidat à un nouveau mandat, est réélu (69 % des situations).
Le tableau 1 dresse la liste des principales villes dont le maire sortant est battu. Comment l’expliquer ? Lors du scrutin de 2026, il n’est pas facile de montrer que celui-ci aurait – globalement – avantagé un camp par rapport à un autre. Cela n’exclut pas des spécificités en fonction de la sociologie ou de la géographie des villes concernées, ou encore de l’émergence de nouvelles manières de faire de la politique à travers des listes dites « citoyennes », fédérant des collectifs locaux, politiques ou associatifs. Il faut tenir compte aussi des contextes locaux, des personnalités en lice. Au total, rien de comparable avec la bipolarisation qui avaient marqué certains scrutins municipaux comme en 1977 (en faveur des listes d’union de la gauche) ou, de façon moins marquée, avec des listes d’union à droite, en 2014.
En 2026, on remarque d’abord la défaite de plusieurs maires écologistes sortants, comme à Bordeaux, Besançon, Poitiers, Strasbourg, Colombes, Bègles… Cependant Grenoble, tout en changeant de maire, renouvelle sa confiance à une écologiste, Lyon conserve son maire écologiste, Villepinte ou Conflans-Sainte-Honorine sont conquises… De son côté, le PS perd quelques-uns de ses fiefs (Brest, Saint-Brieuc, Cherbourg, Clermont-Ferrand, Saint-Denis, Bagnolet, Creil, Ris-Orangis, Sarcelles, Vaulx-en-Velin…), dont plusieurs villes de banlieue prises par LFI. Mais il reprend Saint-Étienne ou Pau. Dans le sud, LR cède plusieurs mairies au RN (Cagnes-sur-Mer, La Seyne-sur-Mer, Six-Fours-les-Plages). Cela vaut aussi pour quelques maires DVD, battus, comme à Carpentras, ou ne se représentant pas (Carcassonne, Castres, Menton), sans parler du cas de Nice, dont le maire, ex-LR puis
Horizons, est battu par le chef de l’UDR, allié au RN. Ces dernières villes passent donc à l’extrême droite qui conserve par ailleurs Fréjus et Perpignan. À noter encore, à droite ou au centre droit, plusieurs communes connaissent des duels fratricides comme à Auxerre, Chartres, Cholet, Dreux, Épinal, Hyères, Limoges, Montluçon, Tarbes… Enfin – cela paraîtra presque anachronique – le PCF reprend Aubagne et Nîmes à LR (dans le cadre de listes d’union de la gauche sans LFI). Mais il perd Vénissieux, communiste depuis 1935, prise par LFI.
TOUJOURS PEU DE FEMMES MAIRES
Seuls 22 % des nouveaux maires des villes de plus de 30 000 habitants sont des femmes. Dans les communes de toute taille confondue, elles seraient 23,5 % en 2026 contre 20 % à la suite des élections de 2020, 17 % à la suite de celles de 2014, soit une progression d’un peu plus de 3 points depuis le dernier scrutin2. À ce rythme, il faudra encore 7 scrutins et une quarantaine d’années avant la parité réelle pour cette fonction (parité qui s’impose pourtant pour la désignation des conseillers municipaux qui élisent, au second degré, les maires).
Dans les plus grandes villes (100 000 habitants et plus), la place des femmes maires est même en recul. Dix femmes étaient à la tête des 44 des villes métropolitaines de plus de 100 000 habitants en 2020 (23 % des villes concernées) ; elles se retrouvent désormais sept (16 %). Par rapport à 2020, quatre d’entre elles ne se représentaient pas, trois ont été battues. Mais deux femmes avaient remplacé des hommes à la tête de grandes villes au cours du dernier mandat (à Dijon et à Tourcoing), tandis que deux nouvelles femmes ont été élues en 2026 (Catherine Trautmann à Strasbourg et Laurence Ruffin à Grenoble).
La fonction de maire et sa représentation demeurent donc marquées par une forte inégalité de genre. Cela vaut aussi pour les exécutifs des départements (20 % de présidentes dans les conseils départementaux en 2022) mais moins pour les régions (un tiers de femmes présidentes de conseils régionaux). Quant aux parlementaires, 36 % de femmes composent l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de 2024 (chiffre légèrement en recul par rapport aux élections de 2022) tout comme le Sénat.
Parmi les nouveaux maires, les femmes se répartissent entre toutes les familles politiques, avec une légère prédominance toutefois pour les « divers droite » et, plus largement, la droite (10 femmes sur 18) et l’extrême droite (la nouvelle maire RN de Menton).
LES « QUINQUAS » DOMINENT… MAIS DES MAIRES LFI ET RN PLUS JEUNES
La moyenne d’âge des maires évolue peu : 49 ans en 2026, soit un an de plus depuis 12 ans (tableau 2). Être maire d’une ville moyenne ou d’une grande ville, comme devenir parlementaire, correspond souvent à une seconde carrière ou au couronnement d’une première carrière et n’intervient donc – le plus souvent – qu’à l’approche de la cinquantaine. 49 ans est aussi la moyenne d’âge des députés élus en 2022 ou 2024 (mais nous ne disposons de la moyenne d’âge des seuls nouveaux députés, probablement plus basse)3.
Du fait d’une poignée de nouveaux maires assez âgés, cette moyenne d’âge masque toutefois un certain rajeunissement avec un plus grand nombre de trentenaires. Ces maires plus jeunes que la moyenne sont notamment issus des partis qui se sont imposés le plus récemment dans le paysage politique : LFI et le RN (tableau 3). Comme pour les élections législatives,
ceux-ci se montrent plus accueillants à l’égard des plus jeunes car, installés plus récemment dans ce paysage, ils comptent moins de « caciques » que les partis traditionnels, traduisant certaines ruptures générationnelles.
L’ÉMERGENCE DE MAIRES « RACISÉS »
Alors que longtemps les résultats électoraux, en France, reflétaient peu la diversité de la population, les élections municipales de 2026 – après les législatives de 2022 et 2024 – opèrent un changement sensible. Si, en 2014, seuls deux maires dans les villes de plus de 30 000 habitants témoignaient de cette diversité – avec Azzedine Taïbi, réélu à Stains en 2026 et Hélène Geoffroy, battue à Vaulx-en-Velin – plusieurs mairies, notamment des banlieues parisienne ou lyonnaise, ont été prises par des candidats issus des immigrations maghrébine ou sub-saharienne, dont, notamment, Saint-Denis où a été élu Bally Bagayoko. Membre de LFI, cadre de la RATP, ce dernier a créé l’événement lors du premier tour en éliminant le maire sortant PS dans la deuxième commune d’Île-de-France.
À son instar, ces nouveaux maires appartiennent le plus souvent à LFI (dont plusieurs députés élus en 2022 ou 2024, tableau 6) ou ont animé des listes « citoyennes » (souvent proches de LFI) comme à Sarcelles où a été élu Bassi Konaté. Mais certains sont également proches du PS, comme Sofienne Karroumi à Aubervilliers, ou proche de LR comme Abdel-Kader Guerza, ex-sous-préfet, à Dreux. Désormais une quinzaine de maires de villes de plus de 30 000 habitants traduisent la « diversité » ou une « nouvelle France » qui n’est donc plus invisible.
DES PROFESSIONNELS DE LA POLITIQUE… MAIS PAS SEULEMENT
S’agissant des trajectoires professionnelles, elles ne sont pas toujours claires car bien des candidats aux élections – quelles qu’elles soient – ne déclarent pas précisément leur profession dans leurs documents de campagne et, pour leur part, les médias se montrent peu curieux. En fait, les candidats ont des réticences à mentionner des professions « supérieures » ou à déclarer qu’ils vivent de la politique et en sont donc des « professionnels ». Pour l’opinion publique, cela semble même aller de soi et la « profession » ne serait donc plus un sujet.
Il faut donc croiser diverses sources pour retrouver ces professions, d’autant plus qu’existe une frontière partiellement poreuse entre les deux, voire trois, premières catégories du tableau 4 car le fait d’être fonctionnaire ou « cadre » dans le secteur privé et d’être élu – déjà – dans d’autres fonctions permet des décharges dans sa profession d’origine et de se consacrer à temps partiel, voire complet, à des activités exclusivement politiques. Il n’est donc pas facile d’isoler les « professionnels de la politique » qui sont en fait invisibilisés dans la statistique publique des professions et catégories socioprofessionnelles mais ils dominent indéniablement. Ainsi, dans les villes de plus de 30 000 habitants – et même de taille inférieure – l’exercice en cours d’autres mandats politiques, le passage par l’entourage d’élus4 en fonction, l’insertion dans des appareils politiques, apparaissent comme des clés pour accéder au pouvoir mayoral. Au titre de ces entourages, plusieurs assistants parlementaires ou membres de cabinets politiques locaux ont été élus maires en 2026. Et les données recueillies sous-estiment probablement ces trajectoires pas toujours transparentes.
Les autres catégories professionnelles sont plus dispersées. Les professions à clientèle
– avocats, médecins – longtemps dominantes n’ont pas disparu mais elles sont largement supplantées par les « professionnels de la politique ». Les ouvriers et les employés sont absents.
DE SOLIDES PARCOURS MILITANTS ET POLITIQUES
Enfin, devenir maire est souvent le résultat d’une longue socialisation politique, à travers l’accumulation d’expériences militantes ou associatives, l’intégration dans un entourage politique, l’exercice préalable d’autres mandats, notamment comme maire-adjoint, conseiller départemental ou régional, voire membre d’un autre exécutif local (tableau 5). Seul moins d’un cinquième des nouveaux maires élus en 2026 n’avaient jamais exercé de mandat politique avant leur élection. Bref, devenir maire – surtout dans une grande ville – ne s’improvise pas. C’est l’aboutissement de tout un cursus honorum. Mais la fonction attire aussi des députés. Sans doute est-elle plus concrète, plus reconnue, plus valorisante et aussi plus stable (le risque de dissolution n’existe pas). Ainsi, en 2026, 16 députés ont réussi à se faire élire à la tête d’une commune de plus de 30 000 habitants (tableau 6)… et même 38 si l’on prend en considération les communes de toute taille.
Au total, les profils des maires dans les plus grandes villes évoluent assez peu. Les femmes restent nettement sous-représentées. L’âge moyen est comparable à celui d’élections antérieures mais les nouveaux maires LFI ou RN sont plus jeunes. Les appartenances professionnelles demeurent sélectives. Enfin, devenir maire est l’aboutissement d’un parcours militant et politique souvent long.
Dominique ANDOLFATTO,
Professeur de science politique Université Bourgogne Europe (Credespo)
- Voir D. Andolfatto, « Qui sont les nouveaux maires dans les villes de plus de 30 000 habitants ? », Revue politique et parlementaire, avril-septembre 2014. ↩
- Chiffres issus de la DGCL (ministère de l’Intérieur) et, concernant 2026, de Mairie-info (F. Lemarc, « Le portrait des maires », 27 avril 2026). ↩
- R. Impach, R. Geoffroy, « Age, sexe, profession : qui sont les nouveaux députés ? », Le Monde, 9 juillet 2024. Voir, plus largement : T. Frinault, A. Troupe, S. Vignon, Sociologie des élus locaux, De Boeck, 2024. ↩
- Voir W. Beauvallet, S. Michon, dir., Dans l’ombre des élus : une sociologie des collaborateurs politiques, Septentrion, 2017. ↩





















