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dans Libre opinion, Politique

Macron, Le Pen et les généraux : décryptage

Frédéric Saint ClairParFrédéric Saint Clair
28 avril 2021
Soldat français

Une tribune publiée par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, et signée par 20 généraux, une centaine de haut-gradés et plus d’un millier de militaires, commence à faire le buzz. Les analyses caricaturales, gauchistes ou libérales, qu’il s’agisse de celle du quotidien Libération ou de celle de L’opinion, s’additionnent sans pour autant mettre en lumière les véritables enjeux de cette lettre ouverte, véritable coup de force politique. Décryptage.

Un point essentiel en préambule : Cette tribune n’est pas un appel aux armes mais un appel à l’Etat de droit, à la démocratie : « Ceux qui dirigent notre pays doivent impérativement trouver le courage nécessaire à l’éradication de ces dangers. Pour cela, il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà. » Notons par ailleurs que cette lettre ouverte s’adresse non seulement au Président de la République, mais au gouvernement et aux parlementaires, c’est-à-dire au pouvoir exécutif et législatif. L’idée fausse d’un pouvoir militaire qui se rêverait exclusivement exécutif, autoritaire, oligarchique, etc., est ici battue en brèche.

Nous avons affaire à une tribune dont le premier paragraphe est entièrement consacré à l’honneur, à la patrie et au drapeau, rappelant ainsi que c’est bien l’honneur, la défense des couleurs du drapeau et la protection de la patrie qui enjoint les militaires, de quelque rang qu’ils soient – à commencer par ceux qui sont au contact direct de l’ennemi – à exposer leur vie au quotidien. Ce n’est pas parce qu’un pouvoir politique prétend être démocratique, parce qu’il est issu d’un scrutin, qu’il est pour autant dispensé de faire preuve de sa légitimité ; ce n’est pas parce qu’un pouvoir politique a été légalement institué qu’il demeurera légitime quels que soient ses manquements. Nous citons souvent cette phrase d’un cours au Collège de France de Michel Foucault consacré à Hobbes, qui est tout à fait appropriée à la période de violence généralisée que nous vivons et au risque que le délitement évoqué dans cette tribune fait peser sur le pouvoir politique : «  Si le pouvoir politique vient à s’atténuer […] « les sujets n’ont plus de protection à attendre de leur loyalisme, la République est alors DISSOUTE, et chacun est libre de se protéger par toutes les voies que son propre discernement lui suggérera ». La guerre civile, c’est donc en quelque sorte l’état terminal de la dissolution du souverain… »

Les trois formes de délitement évoquées par les signataires constituent, selon eux, les prémisses de cette dissolution du souverain.

Il n’y a donc pas dans cette tribune l’essence d’un putsch, mais une mise en garde adressée au pouvoir politique vis-à-vis de la frontière qu’il est en train de franchir par son laxisme, si ce n’est sa lâcheté : celle d’un recours impératif à la force armée ; mise en garde prononcée justement par ceux – militaires – qui sont des habitués de ces territoires gouvernés par des Etats faillis où le recours à la force est devenu impérieux, et qui ressentent le même type d’affaissement politique sur le sol national.

Si on laisse de côté l’unique bémol de ce texte : « le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme bouc émissaire » – un constat juste, mais une formulation qui aurait mérité d’être nuancée (notons que les militaires ne discréditent pas ici l’action des forces de l’ordre durant la crise des Gilets Jaunes, comme beaucoup l’ont fait, mais dénoncent la situation intenable dans laquelle elles ont été placées par le pouvoir politique) – il n’y a pas de rupture du devoir de réserve de la part des militaires ; il n’y a pas de politisation du message au sens d’un engagement partisan. On y voit un message de forte inquiétude de la part de ceux qui constituent l’ultime rempart de la nation face aux menaces violentes extérieures, mais aussi intérieures, notamment indigénistes, islamistes et ultra-gauchistes.

Que répond Emmanuel Macron ? Rien. Il est mal à l’aise. Il ne comprend pas réellement ce qui se joue ici. Il préfère laisser la ministre des Armées en première ligne. Que répond Florence Parly ? Des idioties. Fort compréhensible de la part d’une femme socialiste qui n’a des forces armées qu’une conception budgétaire, et de la politique qu’une conception mi-bureaucratique mi partisane. Que répond Marine Le Pen ? Une tribune tout à fait inappropriée, qui rabaisse un discours basé sur l’honneur de la France et de la civilisation à un niveau partisan. Les militaires ont immédiatement répondu à son appel par un billet publié sur le site Place d’Armes, regrettant le caractère « maladroit » de cette opération de « racolage ».

Alors ? Pas de quoi fouetter un chat finalement ? Si, une bombe. Un coup de force politique.

Pourquoi ? Parce que les militaires rappellent au pouvoir politique que la France s’est construite par la guerre et la mort d’hommes d’honneur, et que l’idéal bourgeois dans lequel les responsables politiques actuels (ministres ET parlementaires) vivent et dont ils refusent de sortir est en rupture avec le réel, lequel devient de plus en plus synonyme de chaos, social, migratoire, islamiste, indigéniste, en un mot : de chaos civilisationnel. Ils rappellent que la France est avant tout un territoire. Et que la principale cause des guerres est territoriale. Et qu’aujourd’hui, ce sont des portions de plus en plus grandes et de plus en plus nombreuses de territoire français qui échappent au contrôle de la République, interdisant ainsi aux Français d’y entrer à leur guise, et d’y vivre « à la française ». Et que cette fracturation territoriale ne pourra pas, quoi que les idéalistes imaginent dans leurs théories abstraites, aboutir à autre chose qu’à une guerre. Que les banlieues sont armées. Qu’elles menacent aujourd’hui non seulement les citoyens mais les forces de l’ordre, qui ne peuvent plus les contenir, et qui sont assassinées dans leurs propres commissariats, c’est-à-dire dans le lieu même qui devrait incarner puissance et protection, la leur ainsi que celle des Français. Cette mise en garde n’est plus celle d’un ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Colomb, elle n’est plus celle d’un ancien Président, François Hollande, elle n’est même plus celle de responsables des forces de l’ordre, au bout du rouleau, elle émane de ceux qui sont des professionnels de la guerre et qui, forts de leur expérience, voient les prémisses de cette guerre se développer sur notre sol, et la nécessité de l’intervention active s’imposer progressivement. Disqualifier leur tribune en les accusant d’être des putschistes d’extrême droite est un moyen, toujours le même, de nier le réel, de décrédibiliser ses auteurs, et de faire la part belle aux ennemis de la République, de la France, de la civilisation. Cette tribune n’est pas seulement une mise en garde, elle est peut-être avant tout une prophétie.

Frédéric Saint Clair
Ecrivain, politologue

Frédéric Saint Clair

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