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dans Politique

VGE : le précurseur si bien doté

Jean-Yves ArcherParJean-Yves Archer
3 décembre 2020
Valéry Giscard d'Estaing

Valéry Giscard d'Estaing

Pour un certain nombre d’analystes, le Président Giscard d’Estaing était  » moderne « . Ce qualificatif est un mot qui ne reflète que partiellement la réalité. En fait, VGE était un visionnaire et homme d’action, il était donc un précurseur.

Il suffit de penser à la mission qu’il avait confiée au ministre Lionel Stoléru sur la revalorisation du travail manuel. Nous étions en 1975. En 2020, force est de constater que cette ambition demeure cruciale et partiellement inachevée par-delà les efforts pour stimuler l’apprentissage.

Moderne ?  Oui si l’on veut bâcler la copie. Précurseur et visionnaire de manière bien plus manifeste.

Idem dans le domaine des réformes de société et notamment l’extension du droit des femmes.

Au plan économique, cet X-ENA avait des fulgurances qu’ont rapportées des personnalités aussi diverses et complémentaires à l’Élysée que Jean Serisé, Yves Cannac ou encore le préfet Jean Riolacci.

Ayant été nommé Secrétaire d’État aux Finances dès le début, en 1959, du mandat du Général de Gaulle, il a rapidement su déployer sa pleine appréhension de l’univers budgétaire et macroéconomique.

Un surdoué des agrégats issus de l’Insee ou de la Direction du Budget : tel était déjà VGE. Servi par une mémoire sans faille et souvent sans limite, il pouvait effectuer une synthèse brillante des dossiers les plus ardus même si – il est sain de le préciser hic et nunc – les défis de la période des Trente glorieuses étaient moindres que ceux que l’année 2020 impose au pouvoir exécutif contemporain.

Un lourd bémol s’impose à cette rapide transposition historique.

VGE a en effet eu à résoudre la crise des rapatriés de 1962 : impact budgétaire, plan d’aide à l’emploi, plan de sauvetage pour ceux qui avaient été les pleines victimes du slogan  » la valise ou le cercueil « . Au plan conceptuel, le ministre Giscard d’Estaing a su se mettre à la place des démunis et des déracinés. En cela, il a démontré sa capacité d’entendement de questions relevant de la microéconomie.

Dans l’univers politique, il est fort rare de trouver des as de la micro et de la macro. Giscard en faisait partie tout en étant un carnassier politique et partant un véritable homme d’action.

De surcroît, VGE était un homme capable de saisir les nuances d’un dossier sectoriel. Il savait traiter une question relevant du parc électronucléaire ( nous lui devons des décennies d’indépendance énergétique ), du futur TGV, de la restructuration de la sidérurgie en 1979. Autrement dit, il maîtrisait l’économie sectorielle dite mésoéconomie.

La mode est au bilan de compétences : VGE le surdoté et probablement surdoué pour un neurologue aurait explosé les compteurs de la macro, de la micro et de la mésoéconomie. J’ai beau réfléchir posément, je ne vois pas d’équivalent dans notre classe politique opérationnelle. 

VGE c’est la rareté d’une puissance cognitive hors-pair doublée d’une mémoire puissante.

Au plan économique pur, ce n’était pas un doctrinaire. Il était libéral tout autant qu’interventionniste : d’où les grandes infrastructures publiques.

Soucieux de la compétitivité des entreprises, il était un partisan de la politique de l’offre, luttait inlassablement contre l’inflation et pratiquait une politique de modération salariale voisine de celle de son ami Helmut Schmidt.

Pas de  » grand soir  » mais une politique cohérente dans le temps qui s’est heurtée à deux crises pétrolières : 1973 et 1979 qui ont alimenté l’apparition puis l’essor d’un chômage de masse dont François Mitterrand n’oublia pas de tirer habilement avantage en 1981 ce qui nous rapproche de problématiques de 2022.

Arrive alors l’année 1978 – où la majorité disparate RPR et UDF – remporte les élections législatives et évite au pays une cohabitation. Raymond Barre qui avait cumulé un temps ( du 27 Août 1976 au 31 Mars 1978 ) les fonctions de Premier ministre et de ministre de l’Économie et des Finances voit alors René Monory devenir ministre.

Garagiste de formation, ce qui démontre que VGE ne vivait pas tel un être hautain entouré d’X-Mines ou d’anciens de l’ENA, Monory a apporté deux transformations majeures. La libération des prix qui étaient totalement administrés depuis le Quai Branly et les fameux Sicav Monory qui ont familiarisé des milliers de Français avec le marché des actions.

Sincèrement, je considère que cette double réussite voulue par VGE est un succès qui perdure tout autant que les succès nés du binôme Bérégovoy – Naouri relatifs à la modernisation de la place financière de Paris. ( 1983 ).

Beaucoup d’hommes politiques versent dans une agitation réformatrice de surface, peu ont réformé comme VGE dans les profondeurs de notre économie.

Parallèlement, ce septennat fût aussi celui d’un alourdissement de la fiscalité et d’une innovation inappropriée : la fiscalité sur les plus-values qui vise tant les entreprises que les particuliers.

Valéry Giscard d’Estaing comprenait les lois économiques et le tempo complexe du processus qui mène à la croissance. A cette altitude de la pensée, il n’y a pas foule.

 

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

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