Où va le monde ?

Un saisissant ébranlement marque le tournant des années 1990 : l’URSS et le communisme s’effondrent. La Chine adopte l’économie de marché. Un nouvel univers mondialisé complexe, instable se  présente à nous avec de multiples éventualités. Les dynamiques d’une mondialisation heureuse (1985-2001) s’essoufflent, une mondialisation douloureuse s’installe progressivement. C’est la désillusion aussi du côté européen. Comment en est-on  arrivé là ? 

Quelles dynamiques dominent aujourd’hui le monde ? L’économie ou la géopolitique ? La première saura-t-elle pacifier le monde et l’unir dans un même destin ? La seconde finira-t-elle par casser l’unification des marchés au profit des désordres et de rivalités incontrôlées ? Des questions qui alimentent le dialogue entre Nicole Gnesetto, professeure titulaire de la chaire sur l’Union européenne au Conservatoire national des arts et métiers et Pascal Lamy qui a été commissaire européen puis directeur général de l’OMC, dialogue conduit par  Jean-Michel Baer, directeur de la culture puis de la recherche en sciences sociales à la Commission européenne.

Cette double vision passe au crible la mondialisation, l’Union européenne et quelques enjeux fondamentaux de la nouvelle donne internationale (réfugiés et migration, énergie et changement climatique, terrorisme, cybersécurité, Occident, démocratie…).

Deux regards sur un monde en ébullition qui n’ont pas les mêmes lectures sauf sur l’Europe. Pour Nicole Gnesotto, c’est la géopolitique qui mène la planète, le passionnel qui l’emporte sur la rationalité économique. « À un ordre commandé par la nécessité d’un équilibre entre deux superpuissances nucléaires, a succédé un « nouveau désordre mondial », un monde multipolaire peu solidaire, instable, chaotique même, sans repères ni contrôle, sous l’égide fictive d’une communauté internationale introuvable ».

Pour Pascal Lamy, au contraire, le monde a commencé à s’organiser pour favoriser un essor économique global capable de rééquilibrer les pays du Nord et ceux du Sud. En dépit de certains effets négatifs, la mondialisation a permis de sortir de la pauvreté plus d’un milliard d’individus, a mis en place des processus de production et d’échanges internationaux, créant une interdépendance atténuant les conflits ; de fait selon lui, « les zones en guerre sont les moins concernées par ces processus et donc les moins incluses dans l’économie mondiale. Les douleurs actuelles sont celles d’un accouchement : celui d’un nouveau monde dont la trajectoire reste celle du progrès ».

Cet ouvrage met en lumière la complexité de la mondialisation, les transitions qu’elle traverse et les tensions qu’elle produit.

Pascal Lamy, Nicole Gnesetto avec Jean-Michel Baer
Odile Jacob, 2017
236 p. – 19,90 €