Lors de la présidentielle de 2002, Lionel Jospin était éliminé dès le premier tour. Le Premier ministre qui avait su organiser l’exercice du pouvoir par une gauche plurielle n’avait pas empêché la multiplication des candidatures au sein de sa propre majorité. La rivalité des ambitions a tué la gauche.
Vingt-cinq ans après, la leçon n’a été retenue que par les extrêmes : le RN de Marine Le Pen, et LFI de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier n’a sans doute pas oublié la violente déconvenue subie ce 21 avril, alors qu’il était ministre du chef du gouvernement battu. Depuis, à la tête de LFI, Jean-Luc Mélenchon ne tolère aucune divergence interne, peu importe les départs rancuniers que cette posture autoritaire engendre.
Marine Le Pen, elle aussi, a participé à la campagne de 2002. Après avoir dirigé son parti d’une main de fer, elle a réussi à inventer la double candidature unitaire. Jordan Bardella ne porte pas la même ligne qu’elle, mais l’un et l’autre font semblant de ne pas le remarquer, et surtout, elle sait que le dauphin qu’elle a choisi n’ira jamais contre elle à la présidentielle.
En 2002 comme aujourd’hui, la majorité gouvernementale s’était dispersée autour de nombreux candidats représentants des partis qui la composaient : Jean-Pierre Chevènement (5,33% es suffrages), Noël Mamère (5,25), Robert Hue (3,37) ou Christiane Taubira (2,32) pour un total de 16,27% des voix alors que le Premier ministre sortant en obtenait 16,18 derrière Jean-Marie Le Pen à 16,86.
Pourtant, en dehors des extrêmes, personne ne semble se souvenir des ravages de ces ambitions plurielles et les candidatures fleurissent. A gauche, du côté social-démocrate, Raphael Glucksmann et Bernard Cazeneuve se défient et s’efforcent de barrer la route à François Hollande. Au centre-droit, Gabriel Attal accélère pour détruire la suprématie d’Edouard Philippe contesté sur sa droite par Bruno Retailleau. Le propre de la multiplication des candidats au sein d’une même sensibilité politique étant qu’ils commencent toujours par se définir contre celui qui leur est proche. Chacun pense ainsi obtenir un petit plus supposé décourager le rival plus sûrement qu’une primaire. Objectivement, rien ne le garantit. Rien ne garantit non plus que les électeurs se reporteront facilement de l’un sur l’autre.
Tous ces candidats refusent d’ailleurs le principe d’une primaire. Ils ont choisi un scrutin virtuel : les sondages. Ceux qui paraitront à l’automne devraient constituer de cette course d’ambitions. Il sera sans doute temps de se souvenir des leçons du scrutin de 2002.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste politique













