Élu président de la République dès sa première campagne électorale, Emmanuel Macron est à l’origine d’une affection politique : le syndrome du « pourquoi pas moi ? » : tout le monde se croit capable de gagner l’élection et donc de diriger le pays. Ce phénomène encourage la multiplication des candidatures et dévalorise la fonction présidentielle.
Jusqu’à ce que François Hollande le nomme ministre en 2014, la notoriété de celui qui deviendrait président trois ans plus tard était quasi nulle. Lassés des visages trop connus, les électeurs choisissent le renouvellement. Après l’élection du jeune énarque, nombreux sont les politiques de sa génération qui ont regretté de ne pas avoir eu le même culot, eux qui avaient plus d’expérience politique que lui.
Emmanuel Macron a accentué le développement de ce syndrome en investissant des inconnus pour les législatives, sur la base du slogan tacite : « pourquoi pas vous ? ». Et effectivement, ces « amateurs » – et fiers de l’être – ont été élus.
Mais contrairement à ce qui était promis, la vie politique n’a pas changé d’ère. Le « nouveau monde » promis par Emmanuel Macron, s’est raccroché aux vieux réflexes de l’ancien, quand le temps des difficultés est venu. Les plus expérimentés ont été promus, certaines vedettes uniquement médiatiques ont disparu. Le temps des amateurs est passé. Mais pas celui du « pourquoi pas moi ? ». L’expérience la plus menue devenant une qualité qualifiante.
La multiplication des candidatures en témoigne. Il devient presque naturel pour un acteur politique de s’imaginer à l’Élysée. L’ambition politique gagne tous les secteurs, encouragée par les deux élections de Donald Trump aux Etats-Unis. Notoriété et réussite personnelle – quel que soit le secteur – dessinent le profil du prétendant du futur. Des milliardaires, des artistes, des journalistes, se prennent à caresser un rêve élyséen. Car la fonction présidentielle n’est pas considérée comme une responsabilité qui supposerait compétence et savoir-faire, mais comme un trophée que le plus habile ou le plus motivé serait en droit d’obtenir. Car le syndrome du « pourquoi pas moi » s’appuie sur un autre, celui du « pourquoi eux ? », appelé le dégagisme en 2017 et toujours aussi présent à l’approche de 2027.
Marie-Eve Malouines,
Editorialiste politique












