Ses adversaires se frottent un peu trop vite les mains après le faux pas de Jordan Bardella. Le leader RN s’est affiché au Grand Prix de Monaco au bras de la princesse Maria-Carolina, le jour de la marche blanche en hommage à Lyhanna dans le Gers. Un faux pas devenu faute politique quand le président du RN s’est justifié en expliquant que « Des marches blanches, il y en a tous les jours et la famille de Lyhanna avait demandé à ce qu’il n’y ait aucun responsable politique ».
Cette désinvolture, après le retentissement de l’assassinat de la collégienne de onze ans, serait révélatrice de son incapacité à résister à la pression d’une campagne présidentielle. Bruno Retailleau en semble convaincu. À ses yeux, son parcours de ministre constitue un atout décisif face à l’inexpérience de Jordan Bardella qui n’a jamais été élu que sur une liste et jamais en son nom personnel. Le président de LR parie que cette fragilité conduira au retour au bercail des anciens électeurs LR partis à l’extrême droite. Le travail avec Jordan Bardella au Parlement européen sur la directive retour des étrangers en situation irrégulière serait un signal envoyé à cet électorat. François-Xavier Bellamy en a été l’artisan, et l’ancien ministre de l’Intérieur ne trouve rien à redire sur cette entente. Elle sert sa stratégie.
Paradoxalement, l’incapacité supposée de Jordan Bardella à tenir une campagne présidentielle favorise une approche conciliante vis-à-vis de son parti. Cette coopération accroit le crédit du RN et légitime ses discours les plus radicaux. Or, même si les électeurs peuvent juger le candidat mauvais, cela ne signifie pas obligatoirement que cela les empêche de voter pour le représentant d’un projet qu’ils approuvent. Quand le RN est capable de supporter la coexistence de deux candidats aussi différents que Marine Le Pen et Jordan Bardella – dont les programmes ne s’accordent pas totalement – sans que sa domination dans les intentions de vote en pâtisse, le risque ne peut être exclu.
Il existe une autre conséquence à la sous-estimation de la capacité du RN à mener une campagne présidentielle quel que soit son candidat, c’est la multiplication des candidatures. Bruno Retailleau fait ce pari, mais il n’est pas le seul. Ce calcul explique d’autres ambitions parmi les dix-sept candidats déclarés. Ils misent sur une tactique fondée essentiellement sur un vote par rejet ou par défaut qui leur permettrait de se qualifier pour le second tour. Le rejet des extrêmes ferait le reste pour les mener à l’Élysée. C’est oublier que l’éparpillement des voix profitera aux extrêmes car ni LFI ni le RN ne tombent dans le piège de l’addition des candidats. En faisant le plein dès le premier tour, ils peuvent être les seuls à accéder au second.
Le 7 juillet, la justice décidera du sort de Marine Le Pen. S’il parait logique que les adversaires de l’extrême droite attendent de savoir qui sera le candidat du RN pour définir leur stratégie de campagne, il serait périlleux de préférer un candidat à l’autre. La domination de l’un comme de l’autre dans les intentions de vote prouve que ce choix ne dépend pas des personnes mais aussi des intentions qu’ils affichent.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste











