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dans Economie

Le salarié français coûte cher, mais n’est pas assez payé

Hugo Spring-RagainParHugo Spring-Ragain
8 septembre 2026
Le salarié français coûte cher, mais n’est pas assez payé
Tribune

La France affirme vouloir revaloriser le travail. Pourtant, elle continue de le taxer lourdement, d’administrer les salaires depuis Paris et de corriger ensuite les effets de cette politique par une succession de primes, d’exonérations et de dispositifs temporaires. La perception du coût est paradoxale : le salarié coûte beaucoup à son employeur, mais son salaire net progresse trop peu ; l’entreprise contribue fortement, mais peine à valoriser durablement les compétences ; la négociation collective existe, mais elle s’organise trop souvent autour d’un chiffre fixé par l’État.

En 2025, le coin socio-fiscal atteignait 47,2 % en France pour un célibataire sans enfant rémunéré au salaire moyen, contre 35,1 % en moyenne dans l’OCDE. Près de la moitié du coût du travail est ainsi prélevée avant d’arriver sur la fiche de paie. Cette situation ne pénalise pas seulement la compétitivité : elle affaiblit le lien entre effort, création de valeur et revenu disponible. 

La question salariale ne se résume donc ni au seul SMIC ni à la distribution de soutiens ponctuels. Elle est celle de la part du travail qui revient réellement à ceux qui travaillent. C’est le point de départ de notre rapport « Enrichissez-vous » de Génération Libre : mieux rémunérer le travail suppose de réduire les prélèvements, de libérer la négociation salariale et de permettre un partage plus direct de la valeur.

Le pouvoir d’achat commence par le salaire net

Pour commencer, la meilleure politique de pouvoir d’achat n’est pas une nouvelle prime exceptionnelle. C’est un salaire net plus élevé, chaque mois, pour tous ceux qui travaillent.

Réduire de 20 % les cotisations salariales augmenterait directement la rémunération nette. Réduire de 10 % les cotisations patronales diminuerait le coût de l’emploi, donnant aux entreprises davantage de marges pour recruter, investir et augmenter les salaires. Au niveau du salaire médian, le gain pourrait atteindre entre 140 et 161 euros nets par mois selon nos simulations chez Génération Libre.

Cette hausse du net serait plus solide qu’une aide ponctuelle. Elle permettrait aux salariés de consommer, d’épargner et de faire face à leurs dépenses contraintes avec un revenu durablement plus élevé. Pour les PME, elle rendrait aussi l’embauche et la reconnaissance des compétences moins coûteuses.

Beaucoup proposent d’augmenter le net, peu veulent le financer, pour Génération Libre cette réforme ne doit  pas être financée par la dette, elle suppose de réexaminer les dépenses existantes : supprimer les niches fiscales peu utiles, recentrer les allègements de cotisations sur les bas salaires, là où leur effet sur l’emploi est le mieux établi, et réduire ceux dont l’efficacité au-delà de 1,6 SMIC est faible ou insuffisamment démontrée. Le premier droit du salarié est de conserver une part plus importante de ce qu’il produit. 

Libérer les salaires de la centralisation

Ensuite, le SMIC est né d’une intention légitime, mais un outil de protection devient un instrument d’uniformisation lorsqu’un même chiffre, décidé à Paris et indexé automatiquement, organise les salaires de millions de personnes, sans considération suffisante pour les métiers, les territoires, les qualifications ou la situation des entreprises.

La conséquence est une compression des rémunérations. Au 1er novembre 2024, 2,2 millions de salariés du privé non agricole, 12,4 % du total, ont bénéficié directement de la hausse du SMIC. Cette part avait atteint 17,3 % au 1er janvier 2023. 

À chaque hausse du SMIC, les premiers niveaux des grilles conventionnelles sont rattrapés. La négociation de branche devient alors une opération de conformité : les partenaires sociaux ajustent les minimas pour respecter la loi, au lieu de bâtir des parcours de rémunération qui distinguent l’entrée dans l’emploi, la formation, l’expérience et les responsabilités.

Cette situation affaiblit les salariés eux-mêmes, le nouvel entrant est protégé par la revalorisation légale, mais le salarié qui s’est formé, qui a acquis de l’expérience ou qui a gagné en productivité n’obtient pas automatiquement une progression comparable. 

Il faut donc sortir du SMIC national et confier aux branches la responsabilité de fixer les salaires minima. Chaque branche devrait définir un minimum salarial et une grille assurant des écarts réels entre début de carrière, qualification, ancienneté et responsabilités. 

Le partage de la valeur, au-delà des grandes entreprises

Enfin, un meilleur salaire net et des rémunérations davantage négociées doivent s’accompagner d’un partage plus direct des résultats. La prime de partage de la valeur constitue, à cet égard, l’un des rares outils simples qui aient diffusé au-delà des grandes entreprises.

En 2023, elle a bénéficié à 5,6 millions de salariés du privé, soit 28,7 % d’entre eux, pour un montant moyen de 901 euros et une masse distribuée de 5,1 milliards d’euros. Elle donne aux TPE et PME un moyen concret d’associer les salariés aux résultats de l’entreprise, là où l’intéressement et la participation restent souvent trop complexes à déployer.

Mais l’instabilité de son régime fiscal et social décourage les entreprises de l’intégrer durablement à leur politique de rémunération et réduit sa lisibilité pour les salariés.. Depuis la création de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat en 2019, ses règles ont été modifiées à plusieurs reprises au gré des lois de finances. 

Il faut garantir dans la durée un régime social et fiscal favorable pour la prime de partage de la valeur, notamment pour les salariés rémunérés jusqu’à trois fois le minimum salarial de leur branche. Lorsqu’une entreprise crée de la valeur et choisit d’en reverser une part à ses équipes, la plus grande part possible doit revenir directement à celles et ceux qui y ont contribué. Une partie du spectre politique accuse sans cesse les entreprises de ne pas partager suffisamment la valeur, mais ne semble pas indigné qu’une grande part de cette prime de partage soit aussitôt captée par le Trésor public.

La PPV ne doit pas remplacer les augmentations de salaire. Elle doit rester un complément simple, libre et prévisible, afin que le partage de la valeur ne soit plus réservé aux grandes entreprises capables de gérer des dispositifs d’épargne salariale complexes.

Mieux payer les salariés ne suppose pas de multiplier les aides. Cela suppose de leur rendre une plus grande part de leur salaire, de cesser de confondre protection et centralisation, et de permettre à toutes les entreprises de partager plus facilement les fruits de leur réussite.

Hugo Spring-Ragain
Directeur des études de Génération Libre, économiste

Illustration : HJBC/Shutterstock.com

Hugo Spring-Ragain

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