A huit mois de la présidentielle, la stratégie des prétendants se dévoile doucement. Les candidats déclarés ou prêts à le faire dessinent petit à petit les contours de leur stratégie. Certains tentent d’incarner un récit spécifique, d’autres misent sur la sélection opérée par les sondages.
Dans la catégorie de ceux qui jouent avec le souffle des intentions de vote, il y a bien évidemment Jean-Luc Mélenchon. Seul maître à bord de son mouvement, il délivre ses arguments de campagne avec la certitude de celui qui bénéficie d’une dynamique propre à le porter au second tour. Certains verts sont sensibles à ce phénomène. Ils sont quasiment prêts à rallier l’actuel homme fort de la gauche. D’autres penchent pour la dynamique de la primaire à gauche, pour l’instant incertaine.
Cette logique d’aspiration a ses adeptes au centre. Dans Le Monde, Gabriel Attal se réjouit : « face aux extrêmes, il n’y a plus de favoris ». Il remarque avec délice qu’il n’est en campagne que « depuis trois mois » face à Édouard Philippe qui l’est « depuis trois ans », et pourtant, ils « sont au coude à coude ». Il parie sur cet élan pour devancer le maire du Havre. Cette bataille entre ancien premiers ministres est observée avec intérêt par Bruno Retailleau. L’ancien ministre de l’Intérieur a repris sa liberté vis-à-vis du bloc central, mais il attend toujours que le souffle des sondages gonfle ses voiles. Il multiplie les propositions chocs, mais comme pour ses deux concurrents, cette succession d’annonces n’alimente pas un souffle décisif. Et cela d’autant plus que les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron ne répondent pas clairement à la question de savoir s’ils acceptent tout ou partie de l’héritage de leur mentor ou s’ils le rejettent vigoureusement.
A gauche, où les candidats potentiels n’ont pas la faveur des sondages, il convient de commencer par raconter une histoire. Désormais officiellement candidat à la présidentielle, mais pas suffisamment fort pour se lancer avec sa seule formation, Raphaël Glucksmann est contraint d’en passer par la primaire du PS. Pour valoriser cette faiblesse, il assure que cette présélection serait l’occasion de refonder la gauche. Invité du 20h de TF1, il appelle à ne « pas avoir peur de de Jean-Luc Mélenchon « et refuse par avance tout alliance avec le leader LFI. Il se veut le « président de la transformation écologique », et dévoile quelques mesures fortes sur la taxation des méga-héritages ou un plan de sauvetage de l’école publique. Face à des anciens candidats, ex-ministres ou président, il s’honore, lui, de « ne pas sortir du moule politique classique ». Le tout est dit avec une sincérité évidente mais un peu contredite par un style sur-médiatrainé.
Sans doute visé par cet argument d’être un produit purement politique, François Hollande propose un tout autre récit. Face à ceux qui distillent une à une leurs propositions, par crainte de les voir copiées ou comme autant de cases obligées sur le jeu de l’oie des sondages, l’ancien président sort tout un programme d’un seul coup, avec un livre — « Unir, nouveau monde, nouvelle gauche » publié chez Robert Laffont le 3 septembre — et un entretien au Point, dans lequel il expose différentes propositions inattendues, sur les retraites, la TVA ou l’immigration. Il ne joue pas, comme l’un de ses prédécesseurs, sur le thème du « j’ai changé » mais plus implicitement, il suggère qu’il a appris. Il dit avoir l’expérience du pouvoir et la connaissance de la situation qui justifient de « former une coalition des bonnes volontés, une forme d’union sacrée des citoyens pour la démocratie, pour gagner et gouverner ». Car François Hollande semble avoir retenu cette leçon après sa victoire de 2012 : « être président, ce n’est pas réussir à se faire élire », c’est après que le plus dur commence.
Ce récit peut étonner quand celui qui le tient est loin de briller dans les sondages, mais il raconte une histoire que seul un ancien président peut incarner alors que la recherche de la dynamique sondagière est un canevas accessible à tous.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique












