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dans International

Le 11 septembre. Et après ?

Alain JuilletParAlain Juillet
14 septembre 2026
Le 11 septembre.  Et après ?
Libre opinion

Habitués aux attentats en tous genres, les peuples du sud de l’Europe n’ont pas perçu l’ampleur du choc que fut pour les Etats-Unis l’attaque terroriste du 11 septembre. Ce pays, qui s’est construit à l’intérieur comme à l’extérieur sur la réussite économique et l’usage de la force, découvrait pour la première fois de son histoire l’effet de la guerre au cœur de son territoire. Certains diront qu’il y avait déjà eu Pearl Harbor avec les Japonais mais cela avait eu lieu sur une des îles de l’État d’Hawaï à 3 850 kilomètres du continent nord-américain.

La guerre semble toujours propre quand on la fait loin de son pays et que les morts sont essentiellement chez l’ennemi. Pourtant après la cinquantaine de guerres directes ou indirectes menées depuis la Seconde Guerre mondiale hors de leur pays, les Américains auraient dû penser qu’un jour cela pouvait leur arriver. La surprise fut totale comme l’a montré le visage incrédule du président Bush quand on lui chuchota ce qui venait de se passer. On sait maintenant que de nombreux signaux annonciateurs auraient dû alerter les services de renseignements mais personne ne pensait qu’on ose attaquer la première puissance mondiale. Rome méprisait les barbares jusqu’au jour où ils l’ont vaincu.

La réaction fut à la hauteur de l’évènement.  Considérant qu’un pareil criminel ne pouvait rester impuni les Américains, balayant d’un revers de main les règles et usages internationaux, décidèrent de se venger en punissant l’ennemi et ceux qui osaient contester leur puissance. Ce fut l’attaque de l’Afghanistan, au motif que Ben Laden y résidait, qui se termina par la fuite de celui-ci à Tora Bora puis le départ humiliant de Kaboul en abandonnant la place aux talibans. Puis ce fut l’Irak, avec le pétrole en toile de fond, que l’on justifia avec de faux prétextes face à un dictateur très éloigné des djihadistes. Là encore la démonstration militaire, digne de la charge du 7ème de cavalerie dans les westerns, complétée par l’utilisation de mercenaires sans foi ni loi fut impressionnante mais le résultat final désastreux.

Dans le même temps le président Bush déclara la guerre au terrorisme qui allait se prolonger avec ses successeurs. Dans leur vision messianique du monde, tous les moyens légaux et illégaux furent utilisés. Pour impressionner l’ennemi invisible, on médiatisa des opérations brillantes et des actions moins glorieuses dont les prisonniers à ciel ouvert de Guantanamo et des prisons installées dans des pays complaisants connurent les vicissitudes. Certes, le chef et les principaux responsables furent éliminés mais, comme l’Hydre de Lerne ou le chant des partisans, d’autres sortent de l’ombre à leur place. Nos amis ont cru que la guerre au terrorisme se mène sur le terrain alors que la priorité est de gagner les cœurs par des actions ciblées d’influence.

Parallèlement, devant la montée de cet islamisme violent, les services américains crurent que les Frères musulmans seraient un moindre mal car ils paraissaient moins dangereux. Ils décidèrent de les aider à prendre le pouvoir dans les grands pays musulmans. Ce fut le printemps arabe en Tunisie et en Égypte. L’échec fut patent et la pression populaire obligea au retour au système dictatorial civil ou militaire, pour la plus grande joie des royaumes et Emirats du Proche-Orient. Il faut ajouter le renversement du pouvoir libyen qui créa le chaos, avec des conséquences dramatiques jusqu’à nos jours sur place et dans tout le Sahel. Pour être complet il faut également parler de la Syrie où, après 14 ans de guerre civile, dans laquelle chaque camp avait l’appui de puissances étrangères, on a mis en place comme Président un des principaux chefs djihadistes.

Le moins qu’on puisse dire est que tout cela ne correspond pas à une réussite de l’Amérique des présidents Bush, Obama et Biden.  Conscient des conséquences sur l’image des Etats-Unis, le Président Trump s’est fait élire sur une relance de l’Amérique par le verbe et par l’action en donnant la priorité au continent américain en ligne avec la doctrine de Monroe.

Dans ce cadre il a demandé aux Européens de se substituer à lui pour défendre l’Europe face à la Russie tout en essayant de distendre le lien qu’elle a avec la Chine. L’objectif est loin d’être atteint et la guerre en Ukraine est dans une impasse.

Au Proche-Orient, après le succès des accords d’Abraham, il s’est laissé convaincre en février par le Premier ministre israélien de faire la guerre à l’Iran pour changer le régime. On a fait une guerre du fort au faible en utilisant une débauche de moyens aériens et maritimes qui ont détruit les infrastructures. On n’a pas débarqué de troupes au sol car l’Amérique profonde refuse de voir ses boys se faire tuer. Les Israéliens ont mené une campagne systématique d’élimination des dirigeants.

Comme le prévoyaient les militaires qui ne la voulaient pas, cette guerre a permis de passer du régime des mollahs à celui des Gardiens de la révolution, qui sont plus durs mais moins religieux, et de rendre très difficile la vie des Iraniens. Chacun sait qu’il faut de l’infanterie pour finir le travail. Pour éviter d’avoir des pertes américaines et israéliennes, on avait prévu d’envoyer les Kurdes.  Ceux-ci, qu’on a déjà utilisés en Irak et en Syrie dans les combats les plus durs au niveau des pertes humaines, ont refusé en se souvenant des promesses non tenues des Occidentaux. On ne peut compter que sur la réaction de la population, certes excédée par les difficultés mais au sentiment nationaliste renforcé par les bombardements.

L’hubris est mauvaise conseillère. Dans cette guerre le faible risquait de réaliser une bombe atomique dans les mois à venir mais on n’avait pas voulu voir qu’il en avait déjà une dans les mains : Le détroit d’Ormuz. De plus on avait insuffisamment pris en compte que les Iraniens s’étaient préparés depuis longtemps à l’éventualité d’une guerre et avaient développé une capacité de production de missiles et de drones. Après 8 mois de conflit, ils continuent à riposter systématiquement à chaque attaque américaine en tirant sur des bases, des bateaux et des infrastructures dans les pays limitrophes qui sont alliés aux Etats-Unis ou à Israël. Avec la prise de contrôle de Bab el Mandeb par leurs alliés Houthis ils viennent de compléter leur potentiel de nuisance économique avec l’espoir que les nombreux pays touchés par la crise pétrolière et gazière feront pression sur les USA pour trouver une solution.

Ainsi depuis le 11 septembre l’Amérique va d’échec en échec bien qu’elle investisse 1 000 milliards de dollars chaque année dans la défense pour avoir la première armée du monde.  Elle ne s’impose plus en dépit de son potentiel de mesures de rétorsion économiques s’appuyant sur le dollar, le numérique et la taille du marché américain.

C’est pourquoi, au lieu de disséquer le 11 septembre et d’en faire des interprétations variées tant au niveau des commanditaires que des moyens et des résultats réels, il faut regarder la réalité. Ce jour fatal, les hommes de Khaled Sheik Mohamed ont touché l’Amérique au cœur et elle ne s’en est jamais réellement remise.

Cette date restera dans l’histoire comme le début de la fin d’une puissance qui a dominé le monde pendant une centaine d’années avec son point d’orgue après la chute de l’Union soviétique. La mondialisation, chère aux élites occidentales réunies à Davos, est morte. Le dollar comme monnaie de référence est attaqué dans les énergies fossiles qui constituaient le cœur de sa force. N’ayant pas voulu voir les conséquences de la croissance chinoise, du développement des puissances du tiers monde, et de la volonté de fragmentation par la multipolarité, elle se retrouve face à des pays qui lui tiennent tête sans qu’elle arrive à imposer sa solution.

Un autre modèle se met progressivement en place et nous en avons, bien que brouillon, un bon exemple avec l’Europe sur l’Ukraine. Certes ce n’est pas pour demain mais un peu plus tard…

Alain Juillet,
Président de l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (AASSDN)

crédit photo: Mariusz Lopusiewicz / Shutterstock.com

 

Alain Juillet

Officier au Service Action du SDECE, Alain Juillet a été ensuite cadre puis dirigeant d’entreprises françaises et étrangères dont Pernod Ricard, Jacobs-Suchard, et Marks and Spencer. Il a été nommé fin 2002 Directeur du renseignement à la DGSE puis Haut responsable chargé de l’intelligence économique auprès de trois Premiers ministres jusqu’en 2009. Diplômé de Stanford University et de l’Executive MBA d’HEC, ancien auditeur de l’IHEDN et de l’IHESI, il est président de l’AASSDN. Conseil et conférencier, il traite de la géopolitique dans des émissions dont Open box TV sur You Tube.

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