Parole Publique – Episode 6

Chaque vendredi tout au long de l’été, la Revue Politique et Parlementaire publie « Parole publique », une fiction de la fabrique de la présidentielle 2022, adaptée du roman à paraître de Pierre Larrouy Et un jour, il monta les marches jusqu’à demain.  Aujourd’hui le sixième épisode.

Retrouvez le précédent épisode et la liste des personnages principaux

 

L’effet de surprise. Claire Caland monte à la tribune et annonce dans un discours fondateur son partenariat avec l’ancien Président dans le cadre d’une « France Unie ». Bertrand Borde est ravi. Sa stratégie fonctionne…

 

La salle est stupéfaite, les médias en effervescence. Le secret était total, la frappe est efficace. J’observe Borde. Il est debout, adossé au mur, dans l’escalier qui gravit les travées. Il est sa parfaite caricature de ces moments-là. Un bras replié sur sa poitrine, l’autre porte sa main droite à son visage qu’il parcourt jusqu’à son tic préféré quand il pince, plusieurs fois, le bout de son nez, signe de sa concentration et de sa satisfaction.

Claire Caland descend lentement les marches. Les photographes commencent leur balai. Mais nous avions tout prévu et le chemin de Claire est balisé.

Elle rejoint Constant, Covid oblige, ils se saluent à distance. Elle saisit le micro. Debout, elle laisse le silence porter les germes de l’impatience. Elle est très professionnelle. Du silence, elle n’en sort qu’avec un large sourire, en forme de salut. Puis, son visage devient très sérieux. Ses premiers mots fixent d’emblée la dramaturgie espérée :

– Le Président Chirac a dit : « La maison brûle et nous regardons ailleurs »

– Oui ! La maison brûle et nous regardons ailleurs.

C’est vrai pour le climat. Mais c’est vrai, aussi, pour toutes les valeurs qui nous fondent comme vient de le rappeler Olivier Constant.

La maison brûle et je ne peux, ni ne veux, regarder ailleurs. J’ai été élevée dans les valeurs de la Résistance. La résistance c’est toujours la rencontre d’un contexte dramatique, d’une décision personnelle lourde et d’une espérance partagée.

Oui ! La maison brûle et nous regardons ailleurs. C’est vrai pour le climat. Mais c’est vrai, aussi, pour toutes les valeurs qui nous fondent

Je prends mes responsabilités, à ma place et maintenant. Je rejoins Olivier Constant. Mon choix va troubler, mais il est profondément mûri. Je mesure ce qu’il représente par rapport au nom que je porte. Je le fais en conscience et assurée qu’il s’inscrit dans la cohérence d’une histoire et d’une transmission.

Je fais également ce choix en tant que femme. Les femmes sont au cœur d’une mutation anthropologique – je le crois – qui va profondément transformer l’ensemble des comportements et des relations dans la société. Cet enjeu nécessite un engagement sans failles tout autant que celui du climat. C’est la responsabilité de notre génération d’acteurs. C’est cela la Résistance, aujourd’hui, face au retour de l’obscurantisme et du conservatisme.

La pandémie actuelle ne fait que renforcer ma décision. Elle va durer, encore longtemps, et risque de participer à des fractures nouvelles de la société, enfermée dans la mâchoire inquiétante de la dépression et de la rébellion violente.

Les femmes sont au cœur d’une mutation anthropologique

 Nous avons le devoir de nous appuyer sur l’énergie de la jeunesse. Elle est porteuse de la force que procure le combat obligatoire pour le futur. Pour qu’on dise à notre société de tenir bon, il faut être capable de demander aux jeunes de se retrousser les manches. Mais ce n’est possible que si la société est, tout entière, derrière eux, qu’elle se serre les coudes pour une nouvelle espérance dans la droite ligne de nos valeurs, de la République et de la Résistance.

Ceux qui me connaissent un peu, savent que je suis résolument tournée vers un accompagnement humain, direct, dans la proximité. J’ai les pieds dans la glèbe, la tête dans les étoiles et l’amour du pays. Je viens d’une famille arrimée aux sens du devoir et de l’exigence d’aspirations élevées.  Face aux défis de la vie, il faut sortir plus grand et faire de la dignité un étendard. Nous sommes dans un moment où la confusion est source possible de toutes les dérives. Il faut remettre de la clarté.

la confusion est source possible de toutes les dérives.

C’est la raison de mon engagement, devant vous, en cet instant. Ma démarche n’est pas immodeste, elle répond à un devoir plus grand que soi, elle est d’un humanisme intégral. Je me fixe la tâche de participer à recoudre la confiance et à cicatriser la France. Ma détermination est totale. Et, sachez que sur ces grands principes, mon action sera, désormais, pragmatique, proche de nos concitoyens et du terrain.

Je vous remercie. 

Le public est debout. Les médias se précipitent, dans un désordre parfait dont ils ont le secret. Cela sert la force événementielle du moment.

Les discours sont volontairement restés sur les grandes valeurs et une conférence de presse est organisée dans la salle mitoyenne pour détailler les choses, en particulier la réforme constitutionnelle envisagée pour porter Claire Caland à une vice-présidence.

Je croise le regard de Borde. Mission accomplie. L’équipe-presse peut commencer le service après-vente. Il va falloir répartir les sollicitations des médias entre les deux protagonistes.

Pierre Larrouy
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Toute ressemblance avec des personnages réels ne pourrait être que fortuite.

Lire l’épisode 7