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dans L'édito de Maya Khadra

Joseph Aoun à Washington : entre prudence et optimisme

Maya KhadraParMaya Khadra
23 juillet 2026
L’ultime ultimatum de Trump

Une rencontre qualifiée d’ « historique » s’est tenue le 21 juillet entre le président libanais Joseph Aoun et le président américain Donald Trump. Tous les regards et tous les espoirs se sont cristallisés autour de cet entretien, réunissant celui qui promet de rendre sa grandeur aux États-Unis et celui qui s’est engagé à redresser le Liban.

Mais ce n’est pas la première fois que Donald Trump reçoit un dirigeant libanais à la Maison-Blanche. En 2017, lors de son premier mandat, il avait accueilli le Premier ministre Saad Hariri, dans un contexte de vives tensions régionales marqué par l’engagement du Hezbollah dans la guerre en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad et par les affrontements entre l’armée libanaise et des groupes djihadistes à la frontière syro-libanaise.

Le soutien affiché par Donald Trump à Saad Hariri n’a pourtant pas enrayé le rouleau-compresseur du Hezbollah, qui a continué d’éroder ce qui subsistait de la souveraineté libanaise. Saad Hariri sait d’ailleurs combien la proximité avec Washington n’offre pas de garantie absolue. En janvier 2011, alors qu’il n’avait pas encore décollé de Washington après une rencontre avec Barack Obama, il apprenait la chute de son gouvernement à la suite de la démission des ministres du Hezbollah et de leurs alliés. 

Aussi prometteuses que puissent paraître les apparences, la prudence reste de mise. Le retour du Liban sur la scène internationale, incarné par le président de la République, nourrit incontestablement de nouveaux espoirs. Le soutien américain au pays du Cèdre, notamment à travers l’entérinement de l’accord-cadre entre le Liban et Israël et le parrainage de négociations inédites entre deux États qui n’ont plus véritablement dialogué depuis l’échec de l’accord du 17 mai 1983, semble, à ce stade, solide.

Pour autant, l’optimisme ne saurait tenir lieu de politique. Les annonces faites à l’issue de cette visite, notamment la promesse de rétablir les vols directs entre le Liban et les États-Unis, suspendus depuis le détournement du vol TWA 847 en 1985 par le Hezbollah, devront encore se traduire en actes. L’effet d’annonce n’en demeure pas moins encourageant pour les autorités libanaises, qui affichent une volonté plus affirmée que par le passé de rétablir le monopole de l’État sur les armes, de réduire l’influence iranienne au Liban et d’engager, sous médiation américaine, des discussions directes avec Israël sur les dossiers sécuritaires et frontaliers.

Mais l’envers du décor invite à davantage de prudence. À Washington, des interrogations persistent sur l’influence que le Hezbollah continuerait d’exercer au sein de certaines institutions de l’État, y compris, selon plusieurs responsables américains, à travers des réseaux d’influence touchant l’appareil sécuritaire et l’institution de l’armée libanaise. Dans le même temps, les réductions décidées par l’administration américaine dans plusieurs programmes d’aide extérieure pourraient affecter le niveau du soutien accordé aux Forces armées libanaises.

L’envers du décor est donc plus nuancé. Préoccupés par les risques d’entrisme du Hezbollah au sein de l’institution militaire, les États-Unis ont proposé de ramener leur aide aux Forces armées libanaises d’environ 200 millions à 36 millions de dollars. Cette réduction est d’autant plus sévère que les fonds devraient être débloqués au compte-gouttes. Selon un projet de loi budgétaire du Sénat américain, seuls 1,8 million de dollars pourraient être versés dans un premier temps, le solde étant conditionné à des avancées jugées suffisantes dans le désarmement du Hezbollah. Le Président Aoun a beau défendre les forces armées libanaises et leur commandement au bureau ovale, son discours ne change rien à la politique américaine. Il serait naïf de crier victoire trop tôt avec l’administration Trump. Les Iraniens en ont fait l’expérience : grisés par ce qu’ils présentaient comme une victoire après la signature du protocole d’accord (MoU) en 14 points, pourtant très avantageux à leurs yeux, ils ont rapidement découvert que ce texte n’avait guère plus de valeur que l’encre utilisée pour l’écrire. Les frappes américaines ont repris de plus belle sur la côte iranienne et plusieurs centres névralgiques tenus par les Gardiens de la révolution. De même, l’accueil chaleureux à la Maison Blanche ne devrait pas dévier les yeux de l’essentiel : le désarmement du Hezbollah sans sursis et le cheminement vers la normalisation et un accord de paix conclu avec Israël.

Or, dans son allocution de fin de visite devant la diaspora libanaise, à l’ambassade du Liban à Washington, le président de la République a semé le doute sur la cohérence de l’approche des autorités dans le dossier du désarmement du Hezbollah. Sa première erreur de communication est d’ordre chronologique : il a établi un lien entre le désarmement de la milice et le retrait israélien antérieur à cette entreprise, reprenant ainsi, de facto, la logique défendue par le Hezbollah selon laquelle les armes demeurent justifiées tant que persiste une occupation israélienne. La logique de l’État est pourtant toute autre : le monopole de la force publique implique un désarmement inconditionnel de toute formation armée paraétatique.

En évoquant ensuite un horizon de cinq ans (rappelant les plans quinquennaux soviétiques) pour atteindre cet objectif, le chef de l’État a donné le sentiment d’entériner une nouvelle stratégie de temporisation, rappelant les interminables reports qui ont marqué le dossier depuis les années 1990. Ce calendrier dilatoire est préoccupant. De même, en expliquant que le Hezbollah est né en réaction à l’invasion israélienne, il a, sans doute malgré lui, semblé accorder une forme de légitimité à l’émergence de faits miliciens. Or, si chaque crise ou agression extérieure devait justifier la création d’une force armée parallèle, quelle serait encore la raison d’être de l’État ?

Dans le même temps, la mise en œuvre de l’accord-cadre, fruit d’un travail diplomatique considérable des négociateurs libanais et israéliens, tarde à produire des résultats tangibles, malgré l’instauration d’une première zone pilote à Zaoutar, dans le sud du Liban, où l’armée libanaise s’est déployée après le retrait israélien. Le désarmement, étant au point mort et sans calendrier.

L’euphorie suscitée par la visite à Washington ne doit pas faire oublier les leçons du passé. Au lendemain de la guerre civile, l’optimisme né de la reconstruction de Beyrouth et du retour apparent à une vie normale avait masqué une réalité autrement plus préoccupante : l’enlisement progressif de l’État libanais dans l’érosion de sa souveraineté. Le Liban doit saisir l’occasion historique qui s’offre à lui pour recouvrer souveraineté, prospérité et paix.

Maya Khadra
éditorialiste politique

Maya Khadra

Maya Khadra est enseignante et journaliste franco-libanaise spécialiste du Moyen-Orient. Lauréate du Prix du journalisme francophone illustré en zones de conflits en 2013, elle a commencé sa carrière journalistique à L'Orient-Le Jour et a enseigné dans plusieurs établissements scolaires et universitaires à Beyrouth avant de s'installer à Paris. Elle est professeur de communication et de culture générale à l'IPAG Business School. Régulièrement invitée sur les chaînes télévisées françaises et arabes pour commenter l'actualité au Moyen-Orient : LCI, BFM, Franceinfo, Arte, Al Arabiyya, Skynews.

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