Les chefs de parti, ou leur candidat à la présidentielle, ont été invités à l’Élysée par Emmanuel Macron. À l’ordre du jour, la « dégradation rapide » de la situation internationale et ses « conséquences en France sur la sécurité et l’énergie ». La hausse du prix de l’essence est effectivement la préoccupation majeure des Français.
La situation rappelle celle de 2021, avec l’augmentation du prix du carburant après la reprise mondiale post-Covid. À quelques mois de la présidentielle, la crainte d’une mobilisation comparable à celle des gilets jaunes avait conduit le gouvernement à recourir à un chèque énergie exceptionnel pour 5,8 millions de ménages modestes, puis à une indemnité inflation de 100 euros pour 38 millions de personnes. En novembre, les tarifs du gaz étaient gelés, et la hausse de l’électricité limitée à 4 %. Ces mesures compensatoires pèsent sur le budget de l’État. Elles auraient pu être conjoncturelles et leurs conséquences budgétaires maîtrisées. Mais la situation empire avec la guerre en Ukraine. Le conflit déclenché par la Russie met en lumière la dépendance énergétique de la France et ses conséquences sur le budget de l’État. Le déclenchement du conflit en Iran par Donald Trump confirme cette défaillance structurelle.
Cinq ans après, le spectre des gilets jaunes plane toujours au-dessus du débat pré-présidentiel, mais les mesures ne peuvent plus être les mêmes. Le cœur du sujet, c’est la politique énergétique de la France et le pouvoir d’achat. S’il répond à la crise par des compensations financières, l’État colmate une brèche, mais ne résout pas le problème. Les Français le savent : l’organisation de notre système énergétique doit être revue. La situation les inquiète, mais ils espèrent malgré tout.
L’état d’esprit des Français a évolué durant les cinq dernières années. Certes, ils sont désormais 59 % à exprimer leur inquiétude. Ils étaient seulement 38 % dans ce cas en 2021 et 48 % en 2024. Les Français sont lucides, mais pas totalement résignés : 71 % des sondés attendent un vrai changement social et politique à l’issue de la présidentielle, soit 20 % de plus qu’il y a cinq ans. Les questions économiques et financières ont pris le dessus. Elles sont désormais prioritaires pour 54 % des personnes interrogées, devant les questions sociales, à 53 %.
Face à cette crise, les acteurs politiques ne sont pas dans la même situation. Le président de la République et le gouvernement sont confrontés aux prémices d’une crise sociale immédiate, dès cet automne. L’exécutif ne peut répondre que par des mesures conjoncturelles : il ne dispose pas du temps nécessaire pour mener des réformes lourdes. Mais il sait que ses décisions auront des conséquences budgétaires pour le prochain président de la République, d’où l’avertissement du Premier ministre Sébastien Lecornu : des mesures « difficiles » maintenant, ou « brutales » après.
Les candidats à la présidentielle, eux, peuvent et doivent développer une vision à long terme. Ils devront néanmoins se prononcer sur l’action passée et actuelle du pouvoir exécutif. Ce qui est moins difficile pour ceux qui n’ont jamais exercé le pouvoir, la critique étant toujours plus aisée que la confrontation aux réalités.
Cet avantage se vérifie dans une enquête Ipsos BVA parue récemment : à la question de savoir s’ils seraient satisfaits de voir Marine Le Pen accéder à l’Élysée, 36 % des personnes interrogées répondent par l’affirmative. La chef de file du RN progresse de 5 points. Si Jean-Luc Mélenchon succédait à Emmanuel Macron, ils seraient 19 % à se montrer satisfaits, le leader de LFI gagnant 2 points. En revanche, les anciens Premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal ont du mal à convaincre de leur capacité à porter le changement : à 19 %, le premier perd 4 points ; à 18 %, le second en perd 4. Cette prime du « on n’a pas essayé » bénéficie à la chef de file du RN et à celui de LFI.
Pourtant, alors qu’ils pourraient se projeter sur le long terme, n’étant pas aux responsabilités, les candidats ne proposent que des mesures de circonstance. Marine Le Pen préconise une baisse de la TVA sur les énergies, Jean-Luc Mélenchon propose un blocage des prix, la plupart des autres candidats déclarés s’orientent vers des aides ciblées. Les prétendants à l’Élysée semblent vouloir se cantonner à une réponse immédiate, alors que les Français attendent un changement structurel.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique












