Dante sept-cents : les célébrations de Dante Alighieri en France : « Le forme dell’acqua dans la Divine Comédie »

14 septembre 1321 – 14 septembre 2021 :  cette année marque le sept-centième anniversaire de la mort du Sommo Poeta Dante Alighieri. Célèbre pour son chef-d’œuvre La divine Comédie, Dante a été plus qu’un immense poète : un homme politique, un écrivain engagé dans les querelles de son temps et le père de la langue italienne.

Le gouvernement italien a voulu marquer d’une pierre blanche la journée du 25 mars, qui sera désormais dénommée le Dantedi. Comme le souligne le Ministre italien de la Culture, Dario Franceschini, « ce n’est pas seulement un jour pour rappeler la mémoire et l’importance de la figure de Dante en Italie et dans le monde, mais également un moyen de se reconnaître en tant que communauté nationale. Dante a parlé de l’Italie, il a aimé l’Italie, il nous a indiqué l’Italie, avant même qu’elle naisse d’un point de vue politique et juridique ». Le 25 mars 2021 a donc inauguré une série de commémorations en l’honneur du poète. Une centaine de projets culturels ont été financés et plus de 400 autres ont été labellisés, en Italie et à l’étranger, par le Comité National pour les célébrations des 700 ans de la mort de Dante Alighieri, présidé par le Professeur Carlo Ossola.

La Divine Comédie a parlé à toutes les langues, à toutes les époques, de générations en générations, à différents niveaux, littéral, moral et allégorique.

Le poème a constamment été lu, relu et réinterprété. Il a enflammé l’imagination des poètes et des peintres romantiques ; il a inspiré la Comédie humaine de Balzac ; il a même su mettre des mots là où l’horreur laisse sans voix, dans les lignes douloureuses de Si c’est un homme de Primo Levi, ou dans les visions hallucinées d’Apocalypse now de Francis Ford Coppola. Mais, avant d’être Divine, l’œuvre est simplement Comédie – l’adjectif a été ajouté par Boccace quelques décennies plus tard. C’est un chant qui ne s’adressait pas à une élite. Dante a écrit cette œuvre unique en son genre en vulgaire, la langue employée par les gens au quotidien, dans « les travaux des champs, la navigation, l’observation du ciel », comme le rappelle la traductrice Danielle Robert1. Dante parlait d’un environnement que ses contemporains vivaient en connexion avec la nature, les forêts, les étangs, les marais, les fleuves, la flore, la faune au rythme de saisons et dans la crainte des éléments. Dante s’était par ailleurs intéressé à la philosophie naturelle dans une brève dissertation intitulée La querelle de l’eau et de la terre.

C’est précisément cet angle de vue qui a été retenu par l’Ambassade d’Italie, l’Institut culturel italien et l’Académie de l’Eau pour commémorer à Paris le sept-centième anniversaire de la mort de Dante, en partenariat avec l’Université Sorbonne Nouvelle, l’Académie des Sciences d’Outre-Mer et le Réseau des chercheurs italiens en France (RéCIF). La manifestation intitulée « Le forme dell’acqua dans la Divine Comédie » a été inscrite dans l’Agenda officiel « Dante sept-cents: les célébrations de Dante Alighieri en France ».

A cette occasion, une soirée d’échanges franco-italiennne a été consacrée à la représentation que Dante fait des fleuves et du grand cycle de l’eau dans toute ses formes, symboles et significations, notamment climatiques.

Cette manifestation a réuni à l’Institut culturel italien des personnalités de divers horizons. Andrea Marcolongo, helléniste italienne et auteur de plusieurs best-sellers traduits dans 28 pays, a évoqué les métaphores de la vie et de la littérature dont frémissent les fleuves dantesques. Le paléoclimatologue Jean Jouzel, vice-président du GIEC, médaille d’or du CNRS et prix Vetlesen, a expliqué les inquiétantes conséquences du réchauffement climatique actuel sur le cycle de l’eau, les rapprochant des visions cauchemardesques de Dante. Philippe Fretz, peintre, graveur et plasticien suisse, figure de la « narrative painting » au Gordon College à Orvieto, a présenté en détail Divine Chromatie, son impressionnant travail d’interprétation picturale de la divine Comédie. Enfin, Frantz Mynard, maître de conférences à l’Université de Nantes et membre de l’Académie de l’Eau, a fourni son éclairage d’historien du droit pour mieux comprendre, à l’aune de la justice médiévale, ce qu’est l’hydrographie des pénitences dans l’Enfer de Dante. Le débat a été animé par François Le Penuizic, agrégé de lettres classiques et docteur en littérature latine. Diego Marani, directeur Institut culturel italien à Paris et Monica Cardillo, maître de conférences à l’Université de Limoges, membre RéCIF ont assuré l’ouverture des travaux. Le discours de conclusion de Brice Lalonde, Ancien Ministre de l’Environnement, a rappelé l’importance de l’empreinte de Dante et de la culture italienne à Paris et d’ailleurs Pierre Gény, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, a appelé à une résurgence de l’apprentissage de la langue italienne en France.

La Divine Comédie s’organise autour d’une topographie de fleuves, de lacs, de sources, de torrents et de marais, mythologiques, imaginaires et réels.

Certains cours d’eau sont inventés par Dante lui-même (le fleuve Eunoé par exemple) ; d’autres le hantent plus que ceux de l’Enfer, l’Arno de sa Florence natale. Des fleuves infernaux à ceux du Paradis, toutes les eaux convergent « per lo gran mar de l’essere ». La mer devient la somme de tous les fleuves de la Création, et le miroir infini de l’humaine pensée. Une nouvelle lecture « éco-critique » de la littérature dantesque est aujourd’hui possible, afin de restituer la richesse des métaphores aquatiques dans leurs rapports avec l’environnement. C’est à travers la composition et la description des eaux pures et impures, létales ou lustrales que Dante nous donne à voir ce que peut être l’enfer ou le paradis – dans l’au-delà et ici-bas. À une époque où la préservation des ressources en eau constitue l’un des enjeux majeurs du défi climatique, relire Dante autrement nous donne une clef d’actualité pour saisir l’intemporalité de l’œuvre.

Monica Cardillo, Frantz Mynard, François le Penuizic

  1. Préface de Danielle Robert, La Divine Comédie, Enfer, Purgatoire, Paradis, Arles, Actes Sud, 2021, p. 22.

Monica Cardillo, Frantz Mynard et François Le PenuizicA propos de Monica Cardillo, Frantz Mynard et François Le Penuizic

Navigation de l’article