Lecture : la sélection de la Revue Politique et Parlementaire

Réédition des Fleurs du Mal, nouvelle traduction de l’Odyssée… Pour débuter le mois d’Août, retrouvez la sélection estivale de la Revue Politique et Parlementaire, entre poésie et introspection, pour ouvrir les esprits et préparer la rentrée.

 

Les Fleurs du Mal de Baudelaire
Edition établie par Pierre Brunel, Préface de Théophile Gautier

Présentation de l’éditeur

Les fleurs du mal de Baudelaire, Editions Calmann-Lévy

Le livre : À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire, les éditions Calmann-Lévy ont choisi de rééditer Les Fleurs du mal, dans l’édition dite définitive publiée par leur fondateur Michel Lévy en 1868. Il importe ici de souligner que cette édition avait été voulue par Baudelaire, qu’il l’avait préparée, mais que la maladie et sa mort prématurée (1867) l’ont empêché d’en voir l’aboutissement. Il y avait travaillé très tôt, avec Michel Lévy et avec son frère Calmann. Après la mort de Baudelaire, en accord avec sa mère et ses autres héritiers, Michel Lévy fait paraître « l’édition définitive » des Fleurs du mal en décembre 1868. Cette édition fut la plus fréquemment utilisée à la fin du xixe siècle et encore au début du xxe, – en particulier par Apollinaire. Pierre Brunel reprend donc cette édition, en maintenant les textes complémentaires qui y figuraient (la longue notice de Théophile Gautier et un appendice de textes de divers auteurs constitué par Baudelaire lui-même). Il y adjoint les poèmes publiés à Bruxelles en 1869 sous la forme d’un Complément. On dispose ainsi de l’ensemble du recueil voulu par Baudelaire, soigneusement revu et corrigé, qui permet d’apprécier cette édition, la plus complète.

On trouvera dans le volume une étude suivie des relations entre Baudelaire et les éditions Michel Lévy frères, puis des éléments de préface, d’information, et un appareil de notes pour chacun des poèmes.

Romans et poèmes
Jean Genet

Présentation de l’éditeur

Jean Genet, Romans et Poèmes

Le livre : Après le théâtre de Jean Genet, la Pléiade propose ses romans et ses poèmes. L’écriture de ces textes se concentre sur une période remarquablement brève: six années, de 1942 à 1948. Découvrant Notre-Dame-des-Fleurs en février 1943, Cocteau s’exclame: « c’est le grand événement de l’époque. Il me révolte, me répugne et m’émerveille. » Deux ans plus tard, à la lecture de Pompes funèbres, il y revient : « C’est le génie même. Et d’une liberté si terrible que l’auteur se met hors d’atteinte, assis sur quelque trône du diable dans un ciel vide où les lois humaines ne fonctionnent plus (deviennent comiques). » L’apparition de Genet dans le monde littéraire fait figure de déflagration. Dans son œuvre se donne à voir « l’envers du monde » : un univers, serti dans une langue où se côtoient le langage le plus ordurier et un pur style classique, dans lequel des hommes chargés de crimes aspirent à une certaine sainteté.

La plupart des œuvres inscrites au sommaire du volume étaient connues par la version qu’en proposent les Œuvres complètes de Genet, qui commencent à paraître chez Gallimard en 1951. Mais le texte de ces volumes avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment, de manière à atténuer certains éléments sexuels et politiques. La présente édition revient systématiquement au texte des premières publications clandestines. Ces versions n’étaient jusqu’à présent accessibles au grand public que pour Pompes funèbres et pour Querelle de Brest. Ce volume est donc l’occasion d’une redécouverte, spectaculaire et radicale, des œuvres romanesques de Genet.

L’auteur : « Je sentais le besoin de devenir ce qu’on m’avait accusé d’être », déclare Jean Genet (1910-1986). Maison de correction, vagabondage, amours fugitives, cambriolages, incarcération : c’est en prison que le voyou se transforme en écrivain, tout d’abord en « poète de maison centrale », puis en auteur dramatique. Son théâtre est un cérémonial, une fête solennelle et grave, destinée aux vivants et aux morts : « Personne ne doit être écarté de la fête : il faut qu’elle soit si belle que les morts aussi la devinent, et qu’ils en rougissent. »

L’Odyssée d’Homère
Traduit du grec ancien par Emmanuel Lascoux

Présentation de l’éditeur

L'Odyssée d'Homère, Traduction d'Emmanuel Lascoux

Le livre : Emmanuel Lascoux propose une nouvelle « version » du texte grec d’Homère à partir de son travail original sur le grec ancien qu’il rythme, chante, et crie depuis plusieurs années. Il dit lui-même : « J’ai voulu monter le son ou entendre davantage. » Il revendique de « jouer les langues anciennes » comme l’on joue de la musique. « On fait du grec, soit, mais on ne fait pas le grec. Imagine-t-on faire de la musique sans la faire ? » écrit-il dans l’avant-propos à sa traduction. Mais quels détours imposer au français aujourd’hui, quels mensonges lui permettre, quand la musique du grec s’est tue ? Emmanuel Lascoux propose ainsi cette « version française » très originale des 12109 hexamètres de l’Odyssée. Plutôt qu’imiter le vers grec antique inimitable, ou dévider une prose inchantable, cette Odyssée propose à tous, un texte à dire et à chanter. Renouant finalement avec les pratiques antiques du texte épique et du poème, dans un français très contemporain et d’une oralité retrouvée.

L’auteur : Docteur en grec ancien, spécialiste d’Homère et de la diction antique, membre du Centre de Recherche en Littérature Comparée (Paris Sorbonne), Emmanuel Lascoux cherche, dans son travail de philologue et d’enseignant, sa pratique de pianiste accompagnateur ou soliste, comme ses récitals de poésie et ses enregistrements, ce que les Grecs pouvaient entendre par mousikòs anèr, cet « homme des Muses » qui devait vivre la beauté. Outre ses travaux sur le sujet (Recherches sur l’intonation homérique, articles sur la voix grecque, la tradiction, la variation vocale antique, ou l’intensité dans ses rapports musicaux avec la forme), il est l’auteur de deux livres audio, avec Daniel Mesguich, dans la « Bibliothèque des voix » des Editions des femmes-Antoinette Fouque, L’Iliade des femmes, et L’Odyssée des femmes, parcours bilingues dont le premier a été distingué par un « coup de cœur » 2017 de l’Académie Charles Cros, ainsi que de Mots d’un regard, correspondance poétique avec l’artiste plasticienne genevoise Isabelle Perez (Editions Notari, Genève, 2016). Il enseigne les langues anciennes en classe préparatoire, à Rouen. En 2021, il publie une nouvelle traduction de L’Odyssée aux éditions P.O.L.

Bibliothèque mythologique idéale
Laure de Chantal, Jean-Louis Poirier

Présentation de l’éditeur

Bibliothèque mythologique idéale (Les Belles Lettres)

Le livre : La mythologie est un ciel infini ; ses étoiles, dont nul ne sait si elles sont mortes ou vivantes, continuent de nous éclairer et de nous faire rêver. La mythologie occupe des pans entiers de notre imaginaire et des rayons complets des bibliothèques. L’originalité de notre Bibliothèque idéale est de faire accéder directement le lecteur à ce moment magique où des hommes, les Grecs et les Romains, se sont appropriés leurs mythes, les mots des Muses, en les écrivant, en les incarnant dans des textes, en les métamorphosant en des œuvres d’art, les leurs, qui sont peu à peu devenues les nôtres. Les textes ici rassemblés sont tous fondateurs, qu’ils aient été sublimés par les géants de la poésie que sont Homère, Virgile, Ovide, ou composés par les petites mains érudites de la mythologie, les mythographes. Surtout, le lecteur découvrira en bonne place dans cette Bibliothèque les pages étonnantes, peu connues quoique souvent superbes, où historiens, philosophes, théologiens de l’Antiquité, s’interrogent et parfois répondent sur l’origine et le sens de ces récits venus de la nuit des temps.

Les auteurs : Normalienne et agrégée de Lettres Classiques, Laure de Chantal travaille aux Belles Lettres et dirige la collection Signets. On lui doit dans cette même collection, A la Table des Anciens ; Panthéon en Poche ; Séduire comme un dieu (avec Karine Descoings) et Celebriti (avec Romain Brethes). Jean-Louis Poirier a enseigné plus de vingt ans en khâgne, au lycée Henri IV. Spécialiste de philosophie antique (il a collaboré à l’édition et à la traduction des Présocratiques et des Épicuriens pour la Bibliothèque de la Pléiade), il est auteur de divers articles et contributions en histoire de la philosophie et en sciences humaines. Fervent italophile, il a consacré un ouvrage à l’enseignement de la philosophie en Italie. 

Réinventer l’autorité, Psychanalyse et sociologie
Jean-Pierre Lebrun, Alain Eraly

Présentation de l’éditeur

Réinventer l'autorité , Jean-Pierre Lebrun et Alain Eraly

Le livre : La crise de l’autorité précarise la vie collective, le rapport à autrui et la formation de la subjectivité. Inlassablement niée et récusée, quasiment incompréhensible aujourd’hui, l’autorité doit être réinventée, ex nihilo, tant elle entre en contradiction avec l’actuelle société des individus. Dans leur dialogue, les auteurs s’y exercent. En effet, à la différence de la domination et de la coercition, l’autorité est la parole du collectif, elle est le Tiers qui conditionne tout ensemble le langage et le rapport à autrui. Comment faire autorité dans la famille, à l’école, au travail ou en politique lorsque toute position d’exception se trouve par avance récusée, contestée, sinon méprisée ? Qu’est-ce qu’une société dans laquelle plus personne n’assume la position d’exception et les normes de la vie ensemble ? Quelles en sont les conséquences sur la construction psychique de l’autonomie et de la responsabilité ? Dans un dialogue constructif, Jean-Pierre Lebrun et Alain Eraly, appartenant à des disciplines différentes, croisent leurs approches et s’essaient à concevoir de nouvelles formes d’autorité au service du commun, plus respectueuses de nos valeurs démocratiques.

Les auteurs : Jean-Pierre Lebrun est psychiatre, psychanalyste, ancien président de l’Association lacanienne internationale et de l’Association freudienne de Belgique. Alain Eraly est professeur à l’université libre de Bruxelles où il a enseigné la sociologie, la communication et la gestion publique, membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.

Soi-même comme un roi, Essai sur les dérives identitaires
Elisabeth Roudinesco

Présentation de l’éditeur

Soi-même comme un roi, Elisabeth Roudinesco

Le livre : Le déboulonnage des statues au nom de la lutte contre le racisme déconcerte. La violence avec laquelle la détestation des hommes s’affiche au cœur du combat féministe interroge. Que s’est-il donc passé pour que les engagements émancipateurs d’autrefois, les luttes anticoloniales et féministes notamment, opèrent un tel repli sur soi ?
Le phénomène d’« assignation identitaire » monte en puissance depuis une vingtaine d’années, au point d’impliquer la société tout entière. En témoignent l’évolution de la notion de genre et les métamorphoses de l’idée de race. Dans les deux cas, des instruments de pensée d’une formidable richesse – issus des œuvres de Sartre, Beauvoir, Lacan, Césaire, Said, Fanon, Foucault, Deleuze ou Derrida – ont été réinterprétés jusqu’à l’outrance afin de conforter les idéaux d’un nouveau conformisme dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du côté des Indigènes de la République et autres mouvements immergés dans la quête d’une politique racisée.

Mais parallèlement, la notion d’identité nationale a fait retour dans le discours des polémistes de l’extrême droite française, habités par la terreur du « grand remplacement » de soi par une altérité diabolisée : le migrant, le musulman, mai 68, etc. Ce discours valorise ce que les identitaires de l’autre bord récusent : l’identité blanche, masculine, virile, colonialiste, occidentale.
Identité contre identité, donc.
Un point commun entre toutes ces dérives : l’essentialisation de la différence et de l’universel. Élisabeth Roudinesco propose, en conclusion, quelques pistes pour échapper à cet enfer.

L’auteur : Historienne, Élisabeth Roudinesco est l’auteur de livres qui ont fait date sur l’Histoire de la psychanalyse en France, Jacques Lacan, Sigmund Freud (Prix Décembre 2014), la famille, etc. Elle est traduite dans le monde entier.