Alors que vient de se terminer la REF, le problème du logement des salariés se fait lancinant et douloureux. Au-delà d’Action Logement, outil précieux, il faut sans nul doute imaginer d’autres solutions, complémentaires, et les entreprises elles-mêmes sont prêtes à agir directement, dans l’intérêt du développement économique du pays et du rayonnement des territoires.
La Rencontre des entrepreneurs de France (RÉF) vient de s’achever au stade Roland Garros où elle se tient désormais. Plus que jamais, la question du logement des salariés y a été traitée. D’ailleurs, et ce depuis plusieurs années désormais, les acteurs du logement y sont présents et s’y expriment. Bien sûr les dirigeants d’Action Logement, cette structure issue du paritarisme en charge de percevoir la participation obligatoire des employeurs à l’effort de construction, l’ancien 1% logement…devenu 0,45% de la masse salariale, concernant les sociétés de plus de 50 personnes, sont assidues à ces rencontres, mais des promoteurs, des constructeurs, des administrateurs de biens, y sont aussi. Le ministre de la ville et du logement y faisait cette année deux interventions publiques, ce qui constituait une première. En fait, loger les salariés a toujours tenu lieu de priorité pour les patrons, qui ont précisément inventé le mécanisme de la PEEC, en 1943, à l’initiative du patronat paternaliste et des syndicats du Nord de la France.
La participation plus nombreuse que jamais de figures du logement à la REF n’est pas due au succès grandissant de cette manifestation, courue par les dirigeants et managers des entreprises de notre pays, mais également par la classe politique, la presse, les intellectuels de toutes sensibilités. Cette édition a bien sûr ainsi été marquée par des échanges avec plusieurs candidats à l’élection présidentielle, et les décideurs du monde immobilier voulaient écouter les programmes et faire passer leurs messages et leurs préoccupations: le logement des salariés est devenu pour les entreprises un frein à leur développement. Du point de vue des responsables politiques, qui ont la mission de travailler au rayonnement de la France, grâce à ce qu’il est convenu d’appeler son réarmement industriel, mais aussi simplement l’aménagement de son territoire avec tous les services nécessaires et toutes les aménités, loger les salariés revient à permettre à l’activité économique tous azimuts de se déployer partout. Le pari est double: faire que les salariés des territoires déjà attractifs avec un tissu d’entreprises denses -nos onze métropoles- trouvent des logements accessibles à leur solvabilité, et faire que les entreprises puissent s’établir dans des territoires aujourd’hui en mal de vigueur économique, avec la certitude d’y loger les personnes qu’elles y emploient.
On est loin du compte et le problème s’accentue. Est-ce à dire que le dispositif existant, Action Logement, manque d’efficacité? On ne peut que se réjouir qu’il existe: il produit chaque année de l’ordre de 40000 logements sociaux et intermédiaires au profit des salariés et en outre il facilite plus généralement l’accès aux logements privés. Ainsi, la garantie Visale, en sécurisant les propriétaires bailleurs en cas d’impayés de loyer, a abaissé les barrières à l’entrée du parc locatif. Pourtant, les efforts d’Action Logement ne suffisent pas, parce que le défi exige une addition de solutions et qu’un seul acteur ne saurait les trouver toutes. C’est au point que de plus en plus d’entrepreneurs sont prêts à agir directement, sans demander de s’exonérer de leur contribution obligatoire, pour répondre à l’urgence du moment. Au demeurant, ces patrons sont pour l’essentiel à la tête de TPE ou de PME, loin d’être les plus riches, et qui ne cotisent pas forcément à Action Logement. Elles savent néanmoins de façon pragmatique que leur activité même est menacée si elles ne sont pas en mesure d’aider les femmes et les hommes qu’elles emploient. Parmi elles, les enseignes de l’hôtellerie et de la restauration en cœur de ville: les métiers de la cuisine, du service en salle, de l’accueil, du ménage sont marqués par des salaires le plus souvent modestes et des servitudes horaires fortes; rendant difficile voire impossible une excessive distance entre le travail et le logement -qu’il faut rejoindre à des heures où les transports en commun ne fonctionnent plus. Les entreprises, en particulier agricoles, qui recourent à des saisonniers peinent de plus en plus à les recruter parce qu’ils doivent se loger dans des conditions de précarité inacceptables, plus encore en période de fortes chaleurs l’été ou de canicules, ou de froid intense l’hiver. Bien sûr, les plus importantes entreprises industrielles doivent faire face à des embarras identiques: les trois gigafactories qui s’installent dans la métropole de Dunkerque n’ont fait le choix de ce territoire que parce que le président de la métropole, trop éphémère ancien ministre du logement, Patrice Vergriete, leur a promis d’œuvrer à loger les 16500 personnes, individus et familles, concernées.
Quelle intervention directe? L’achat ou la maîtrise d’œuvre en vue de la construction et la rénovation d’immeubles entiers, ou de logements en diffus dans les communes d’exercice. Faudrait-il que l’État ou les collectivités locales les aident à mener à bien leurs projets? Oui, sans doute. On pense évidemment à une considération fiscale particulière, telle qu’une exonération ou d’un allègement de taxe foncière pendant cinq ans ou dix ans, ou encore à la facilitation administrative pour l’obtention des autorisations d’urbanisme. La puissance publique pourrait aussi localement rassembler plusieurs entrepreneurs rencontrant les mêmes difficultés à loger leurs salariés, en sorte qu’ils partagent la charge de leurs projets logement, acquisition ou réhabilitation. Assistera-t-on au retour des cités ouvrières? Pourquoi pas? On pourrait voir se bâtir des nouveaux quartiers pour loger les salariés de plusieurs entreprises d’un même territoire.
L’enjeu du logement des salariés n’est pas une question de politique publique sectorielle. C’est un enjeu de compétitivité du pays. Sans possibilité pour les entreprises de loger à des prix accessibles les talents qu’elles emploient, elles s’étioleront chez nous ou préfèreront quitter la France et aller où ce problème est moins aigu sinon résolu. Quant à celles, étrangères, que nous pourrions attirer, elles renonceront à venir à l’intérieur de nos frontières. D’ailleurs, un signe des temps quand à la prise de conscience des pouvoirs publics: le 29 juin dernier, une loi visant à améliorer l’accès au logement des travailleurs de services publics a été promulguée. David Amiel, député de Paris, nommé depuis ministre de l’Action et des comptes publics, avait pris l’initiative de la proposition de loi que le parlement a votée… Charité bien ordonnée commence par soi-même et voilà que l’État prend soin de ses agents. Il a eu raison. Il reste que les salariés privés méritent autant d’égard.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers


















