Quand l’ONU devient une tribune pour ceux qui veulent déstabiliser la patrie des droits de l’Homme

Laurence Taillade, Présidente de Forces Laïques, dénonce  la prise de position  de la Haute-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU concernant la gestion du maintien de l’ordre dans la crise des « gilets jaunes ». Elle y voit le prolongement d’une stratégie plus générale visant à  stigmatiser toujours plus la France au regard de sa défense du modèle français de laïcité.

La semaine dernière, dans un discours à Genève, la Haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michelle Bachelet, a émis des comparaisons douteuses entre le maintien de l’ordre français et des pays difficilement comparables, comme le Venezuela et Haïti, où l’on dénombre des morts.

La séquence des « gilets jaunes », citée par l’ancienne présidente du Chili, dont on ne peut qu’être admirateur du parcours, a amené son lot de violences. Comme je l’ai déjà déclaré à de nombreuses reprises, la doctrine de sécurité employée a été inadaptée et inefficace à sécuriser tant les biens – on peut compter des dégradations en masse – comme les personnes. Les manifestants pacifiques s’étant retrouvés pris à partie par les forces de l’ordre, parce qu’infiltrés par des groupuscules d’extrêmes variés, anarchistes, black blocks, islamistes, comme l’a imagé l’épisode de prise à partie d’Alain Finkielkraut.

Entraînés par les mouvements de foule, certains se sont peut-être laissé emporter. Ce qui est sûr, c’est que nos forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques physiques et verbales d’une violence inouïe à coups de pavés, boules de pétanques, acide,… Fatigués par une mobilisation en masse, sous entraînés, insuffisamment formés à l’utilisation de certaines armes (dont le LBD), on ne peut que regretter des insuffisances dans l’action, dont ceux qui ont dirigé les opérations sont les premiers responsables. Il y a eu des blessés, dont on ne peut que déplorer le nombre et la gravité des blessures, de part et d’autre.

Toutes ces violences, d’où qu’elles soient issues, doivent être condamnées, et on ne peut dignement remettre en cause la justice de notre pays, en la matière, comme le dévouement de nos forces de l’ordre, qu’il est inacceptable de voir montrées du doigt, voire qualifiées d’assassins, de meurtriers. De même, intégrer ces dérives sous l’amalgame grossier de violences policières serait accepter que ces violences soient le fait de la police en tant qu’institution, quand elles sont le fait d’individus qui agissent de leur propre chef et seront condamnés, si les faits qui leurs sont reprochés sont avérés. On ne peut ainsi, impunément, entacher l’institution policière, en des temps où elle est fortement mobilisée tant sur les samedis depuis novembre, que dans le maintien de l’ordre et de notre sécurité, alors que nous sommes à des niveaux d’alerte maximum, en témoignent les quelque vingt millions d’heures supplémentaires cumulées, non payées.

Ainsi, désigner la France, et sa police, aux côtés de pays dont la répression se fait à balles réelles sur la population civile et sur ordre des autorités, ne peut que sembler déplacé.

Raison pour laquelle on peut s’interroger, une fois que ce préalable a été posé, sur les motivations réelles de cette commission à salir notre pays.

Le Conseil des droits de l’homme a été créé le 15 mars 2006, pour succéder à la commission des droits de l’homme, où siégeaient de trop nombreux pays peu respectueux de ces mêmes droits, ce qui l’avait totalement discréditée. Malheureusement, malgré ce changement de nom, les garde-fous n’ont pas été suffisamment nombreux pour éviter que cette même situation ne se reproduise. C’est ainsi qu’en 2015, l’Arabie Saoudite a pu être élue à sa tête.

Ainsi, on peut y retrouver de célèbres défenseurs droit-de-l’hommistes comme l’Egypte, le Pakistan, le Congo ou la Chine, qui semblent plus y défendre leurs propres intérêts que ceux de la commission désignée.

Et c’est bien ici que le bât blesse : cette commission concentre ses efforts sur le conflit israélo-palestinien, objet de la moitié des délibérations, manipulée par l’Organisation de la coopération islamique, qui voit en l’ONU une tribune pour contraindre les Etats fondateurs à reconnaître la spécificité du droit islamique.

Ces derniers temps, les coups de boutoir de ces officines dans la perspective de déstabiliser la France, pays de la liberté de conscience, ont eu lieu à tous les niveaux. L’ONU en a été l’un des leviers, la Cour européenne des droits de l’homme ayant rejeté tous les recours cherchant à faire reconnaître la critique des religions au même rang que le racisme.

En cause, la loi de 2010 et les jugements concernant l’affaire Baby Loup, tout récemment, plus généralement notre vision universaliste. Saisie par deux femmes de confession musulmane verbalisées en 2012 ce comité d’experts s’est prononcé en octobre dernier contre l’interdiction du voile intégral en France, jugeant qu’il s’agissait d’« une forme d’oppression contre les femmes » mais qu’une « interdiction généralisée à caractère pénal ne permet pas d’assurer un équilibre raisonnable entre l’intérêt général et les libertés individuelles ». En août, c’était le licenciement de la salariée de Baby Loup qui était considéré comme une atteinte à la liberté de religion et une discrimination.

On comprend bien l’objectif de cette instance islamique, à caractère expansionniste, à la lecture de ces quelques lignes, que relève Philippe Val dans un article de la revue L’Islam aujourd’hui, émanation de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) « Le succès d’une minorité musulmane est de devenir un jour (..) une majorité. Ce phénomène se fait par un effet d’assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion islamiques et finissant par s’identifier à l’islam (…). Le but est d’établir un plan commun des pays musulmans qui aiderait chaque minorité musulmane à établir les conditions nécessaires à lui donner une dynamique de minorité réussie. Plus ces communautés seront fortes et acceptées dans leur pays, plus elles défendront les intérêts du monde musulman puisque la Oumma est une et indivisible, chaque fraction de cette Oumma est d’une importance primordiale ».

La tribune de l’ONU est devenue l’un de leurs chevaux de bataille pour déstabiliser notre pays, ses principes, ses valeurs.

Et cette organisation trouve des relais locaux. Au sein d’associations indigénistes, prétendues officines anti-racistes, qui s’appuient sur une dialectique étrangement proche de celle entendue à la tribune de la commission des droits de l’Homme, avec le soutien de politiques peu scrupuleux pensant se repentir ainsi de leur étiquette postcoloniale. Nous serions face à des violences policières, à une répression policière. Etrange similitude des propos entre ceux qui désignent la police pour principale responsable des émeutes urbaines, alors que l’origine des faits incombe le plus souvent à de jeunes délinquants, qui s’opposent avec violence aux forces de l’ordre ou cherchent à se soustraire à leur contrôle.

Effet ricochet, l’Etat se retrouve dans le collimateur, la police est le bras armé d’un Etat raciste qui réprime le pauvre indigène, qui ne peut accepter nos principes et nos lois, à en croire les discours victimaires qui nous sont servis à chaque nouvel épisode de violence dans les quartiers.

La boucle est bouclée, il faut trainer cet Etat raciste et violent, à toute occasion, en toute circonstance, devant les tribunaux de la bien-pensance internationale et le faire condamner pour ses actes de rébellion. Quoi de mieux que de faire condamner la patrie de Voltaire, de Hugo et de Condorcet devant l’ONU, censé défendre l’idéal dont nous sommes les géniteurs ?

Aussi, il peut sembler douteux d’accorder encore du crédit à cette institution qui s’est perdue dans la constitution de ses membres et les combats à mener.

On ne peut que regretter qu’elle ait laissé sur le bord du chemin les Kurdes, durement réprimés par l’état Turc, les femmes excisées, ne pointant que les conséquences médicales des pratiques mais omettant les raisons, c’est-à-dire le contrôle du corps et de la sexualité des femmes et tant d’autres sujets.

Il serait temps que cette instance revienne à la raison et compare ce qui l’est, se saisisse de dossiers vraiment urgents et convienne que la France est loin d’être un pays totalitaire. Bien sûr rien n’y est parfait. Bien sûr nous devrons faire notre examen de conscience, et le gouvernement en premier, au sujet de la séquence en cours. Mais je n’accepterai jamais plus que mon pays soit ainsi trainé dans la boue, par ceux-là même qui ne respectent pas le début d’une forme d’humanisme et d’universalisme.

Laurence Taillade
Présidente de Forces Laïques