Quand une décision s’impose trop vite et sans concertation, l’adhésion est difficile à créer. Ce constat s’est vérifié lors de la visite d’Emmanuel Macron dans un lycée de Mende, en Lozère. Les élèves y ont décidé, il y a plus d’un an, la mise en place de l’interdiction du portable en classe. S’ils ont devancé la décision du chef de l’État, ils n’en ont pas moins exprimé quelques critiques implicites sur la méthode employée par Emmanuel Macron.
« Scientifiquement, on a établi qu’à votre âge… » C’est ainsi qu’explique Emmanuel Macron l’interdiction des portables dans les lycées. L’argument scientifique justifie cette interdiction uniforme, venue d’en haut, supposée s’imposer aux lycéens. Pourtant, les élèves du lycée Chaptal ont anticipé la loi selon une méthode très différente. Ils ont réfléchi, débattu et travaillé ensemble avant de la mettre en œuvre. C’est ainsi qu’ils se sont rendu compte que l’interdiction totale n’était « pas possible seulement en quelques mois », les portables ne sont donc pas mis de côté partout, mais principalement durant les cours.
Face à cette démonstration, Emmanuel Macron a dû nuancer son objectif : « on n’a pas dit que vous n’avez pas le droit d’avoir un téléphone portable au lycée, on a dit que dans l’enceinte du lycée, ce n’est pas bon d’avoir un téléphone. » Le distinguo semble autoriser une application progressive de l’interdiction.
Confronté à la réalité du terrain, le président était obligé de l’entendre, mais il n’a pas réagi directement au mot utilisé, très poliment mais clairement, par une lycéenne : « infantilisation ». Ce n’est pas l’objectif qui est ainsi critiqué, mais la méthode. Que les syndicats enseignants protestent contre un « mauvais timing » (la circulaire n’étant partie qu’à la fin des cours en juillet), c’est un écueil technique quant à l’application de la mesure. Quand ce sont les lycéens qui font la démonstration qu’ils n’ont pas eu besoin de l’interdit du pouvoir pour contrarier leur addiction au portable, c’est le sens et l’efficacité de l’action politique qui est interrogée. L’interdit n’est pas forcément la meilleure solution, même si son objectif est le bon, la responsabilisation aboutit au même résultat. Avec une vertue supplémentaire : il implique les intéressés, et nourrit leur adhésion au dispositif.
La démonstration des lycéens de Mende n’était ni irrespectueuse, ni agressive. Elle démontrait simplement que la politique est aussi une question de méthode. A l’heure où les futurs candidats à la présidentielle rivalisent de propositions spectaculaires, la question du comment les mettre en œuvre n’est pas superflue. Pour diriger un pays, il faut avoir un programme, mais aussi une méthode d’action acceptée.
Marie-Eve Malouines,
Editoraliste politique












