Covid : quand les médecins ont pris le pouvoir… et l’ont perdu

Dans tous les pays européens et au-delà, la croissance exponentielle de la Covid-19, maladie provoquée par un virus mystérieux (le SARS-Cov-2) dont on dit qu’il serait venu de Chine mais dont l’origine interroge de plus en plus, a pris par surprise tous les gouvernements. Toute proportion gardée, l’effet a été le même, quoique moins mortel, que l’apparition du virus du sida il y a quarante ans. Par Patrick Martin Genier.

Des gouvernements tétanisés

Se voulant rassurants dans un premier temps, les gouvernements ont été littéralement tétanisés par la pandémie. Le premier réflexe a été de se réfugier derrière le corps médical regroupant les sachants, tandis que les responsables politiques, impuissants, étaient condamnés à les écouter. Les politiques s’abritaient alors derrière les « blouses blanches » qui étaient les seules à proposer des analyses que l’on estimait scientifiques et crédibles. Les conférences de presse des dirigeants à travers le monde reposaient sur un modèle commun, un président ou Premier ministre littéralement accolé à un responsable de la santé publique ou le « médecin-chef » de l’administration, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, afin que les dires du responsable politique soient immédiatement confirmés par le sachant médico-administratif.

Il s’agissait manifestement d’une façon de se protéger, mais surtout de s’abriter derrière le corps médical pour le cas où la situation vienne à se dégrader.

Face à l’impuissance du politique, le corps médical prenait le pouvoir.

Des décisions autoritaires, sans contrôle et sans limite

Les décisions devenaient alors non seulement discrétionnaires mais aussi obscures, prises dans le secret des comités médicaux et autres conseil de sécurité ou de défense, reléguant la démocratie parlementaire au bas de l’échelle. Les juridictions des Etats se figeaient et validaient sans coup férir pratiquement toutes les décisions des gouvernements, même les plus autoritaires et injustifiées, permettant au passage de s’interroger sur la capacité des juges à s’ériger en rempart des libertés publiques alors que celles-ci étaient bouleversées en raison de la pandémie.

La peur des politiques prenait une forme inattendue, telle cette réaction des maires en France demandant une réforme du code pénal afin d’y intégrer une disposition de nature à les délier de toute responsabilité pour cause de déficience dans l’exercice de leur pouvoir en matière de salubrité publique au moment où de graves difficultés surgissaient dans l’approvisionnement des masques.

Les plateaux TV transformés en plateaux médicaux

Mais le pouvoir des médecins ne s’arrêtait pas là. Les plateaux télévision, notamment les chaînes d’information en continue, furent subitement envahis de médecins spécialistes ou non venus exposer leur point de vue. Pendant des mois, il n’a plus été possible de se rendre sur un plateau de télévision, notamment sur les chaînes d’information en continue, sans débattre avec un médecin ou un personnel soignant. Les « blouses blanches » envahissaient les plateaux qui devenaient des plateaux médicaux.

Ces personnels devenaient d’autant plus indispensables qu’ils étaient devenus les seules références des téléspectateurs, d’ailleurs partout dans le monde. Indépendamment de l’appréciation du bienfondé du traitement mis en place par le professeur Raoult à Marseille, à base d’hydroxycloroquine, le professeur de médecine à l’allure de gourou, pourtant au sommet de la hiérarchie médicale, est devenu en quelques semaines une star applaudie jusque dans sa voiture dans sa ville, au point d’avoir l’honneur d’avoir la visite du président de la République.

Pendant de longs mois, les médecins ont dicté leur conduite aux gouvernements, en France notamment. Puis est venu le temps du doute.

Les contradictions apparaissaient ainsi que des désaccords entre les médecins eux-mêmes.

Des médecins politiques ?

Parmi ces médecins, n’y en avait-il pas certains qui étaient proches du pouvoir et d’autres plus éloignés ? A mesure qu’ils s’exprimaient, il était devenu perceptible qu’il existait plusieurs catégories de médecins.

Ceux qui en restaient à des arguments médicaux et rationnels, développés à l’aune des connaissances médicales et d’autres moins scrupuleux. Parmi ces derniers, on peut compter des responsables politiques membres de partis d’opposition et élus, des responsables syndicaux et des éléments plus attirés par l’agitation médiatique que par les arguments scientifiques, tel ce médecin posant la question de savoir pourquoi la vaccination était donnée en priorité aux résidents des EPHAD qui « attendent la mort », des propos scandaleux. Il y a fort à parier que les médecins appartenant à cette dernière catégorie devront répondre de leurs propos devant l’ordre des médecins.

Les pouvoirs politiques ont fini par réaliser qu’ils avaient peut-être trop suivi les avis de médecins, dont certains ont crié jusqu’à en devenir insupportables, que les choix gouvernementaux étaient mauvais et qu’il fallait confiner à tout prix et immédiatement.

Des critères révisés de décision gouvernementale  

En France, le gouvernement a fini par admettre que les seuls éléments médicaux étaient devenus insuffisants pour prendre les décisions, alors qu’en Allemagne, la chancelière Merkel – même conseillée par des virologues – a toujours pris les décisions politiques en étroite concertation avec les présidents de région en raison d’un système fédéral dans lequel la compétence de santé est essentiellement régionale.

La reprise de l’économie redevenait un objectif prioritaire face à l’épuisement des caisses de l’Etat dont l’endettement, pas infini, devra être remboursé. La détresse psychologique de la population dont les jeunes et les étudiants devenait une urgence à traiter.

En quelques jours, l’étoile des médecins a pâli, leur pouvoir s’est amenuisé et enfin, les gouvernements ont été amenés à assumer leurs propres décisions politiques.

Si les médecins n’ont pas, loin s’en faut, déserté les plateaux de télévision, les analyses sont aujourd’hui devenues plus nuancées et les médias, à l’image des téléspectateurs et des auditeurs, ont su prendre en compte l’évolution des débats et inviter ceux qui, dès le mois de mars 2020, ont su faire preuve de modération et tenus des propos uniquement scientifiques.

Le pouvoir des médecins n’est jamais aussi important que lors des crises sanitaires. Mais le pouvoir politique a failli oublier sa mission première : celle d’assumer ses choix politiques de façon indépendante sans s’abriter derrière un théâtre d’ombres. Un bilan devra être fait sur cette question en temps utiles.

Patrick Martin Genier