Les polices de Napoléon : legs et légendes

Ainsi vont les polémiques : elles puisent, dans un passé proche érigé en repoussoir, les mots pour dénoncer les blocages du présent. Parce que chargée du maintien de l’ordre, la police est vouée aux critiques en tant qu’elle protégerait et incarnerait ce décalage. Ainsi lui reproche-t-on désormais son atavisme colonial, tout comme en 1948 ou en 68 on scandait CRS/SS. Au XIXe siècle, c’est le legs napoléonien qui était en cause pour avoir durablement associé les mouchards et les cognes au contrôle du pays.

Guerre et médias

La désinformation et la guerre dans les démocraties : ou l’opinion publique contre le débat public

La très répandue thèse kantienne de la « paix démocratique » s’appuie sur le présupposé calcul rationnel du citoyen réticent à un engagement dans les conflits armés. C’est oublier que la donne a changé depuis la mise en œuvre de la « révolution dans les affaires militaires ». C’est ce qui nous amène à rechercher la causalité de la désinformation dans un contexte d’engagements militaires à coût humain allié négligeable, et lorsque le pouvoir politique engage une idéologie contre un ennemi planétaire. Reste que la démocratisation et la saturation informationnelles ont entraîné un changement de paradigme remettant en cause le monopole du pouvoir de désinformer, mais permettant dans le même temps de radicaliser l’opinion publique et de faire échec à un véritable débat public.

Discours

Les experts dans le débat public : un abus de position dominante ?

L’intervention croissante de l’État a donné aux questions économiques et sociales une place de plus en plus importante dans le débat public. Cette tendance a débuté dès l’entre-deux-guerres ; elle a été confortée par le consensus keynésien forgé à la Libération ; elle n’a pas véritablement été remise en cause par la libéralisation relative de l’économie qui, depuis 40 ans, coexiste, dans un rapport en apparence contradictoire, avec une augmentation sensible des dépenses publiques et le développement des mécanismes de protection sociale.

Vote France

Politique du pire ?

A défaut d’être centrée sur des enjeux politiques locaux mobilisateurs, la campagne en vue des élections régionales et départementales semble déjà négligée, au moins par les médias et les états-majors partisans nationaux, au profit de l’autre, celle des élections présidentielles. Plus précisément, l’attention se focalise sur le second tour de ce scrutin-ci, quand ne resteront en lice que deux candidats entre lesquels les français devront finalement choisir. Combien tragique est d’ailleurs cette simplification de la vie politique de notre pays qui appauvrit le débat public et éloigne le citoyen des réalités…

Illustration d'un débat au Parlement

La remise en question des espaces élitaires du débat

Depuis deux siècles et demi, le peuple français est sans doute celui, parmi les grands peuples, qui entretient les rapports les plus difficiles avec ses élites. Nous vivons actuellement l’une des périodes de plus forte défiance dont le mouvement des Gilets jaunes et les réactions à la gestion de la pandémie par le gouvernement sont deux grands symptômes, ce que plusieurs études nationales et internationales ont confirmé. Ce texte bref n’a pas pour objet de relever les causes du mal ni d’en décrire les effets, mais de préciser les espaces du débat élitaire les plus incriminés et les nouvelles voies explorées pour essayer de rétablir un dialogue avec le peuple.

Membres de l'Assemblée

Les espaces du débat public au XIXe siècle

La genèse de l’espace public actuel date des Lumières, lorsque le Parlement britannique invente les règles du débat politique contradictoire et les jansénistes français ouvrent un débat à la jonction du politique et du religieux, mais aussi lorsqu’à travers toute l’Europe occidentale se développent les académies, les salons, les cercles, les clubs et les cafés qui commentent les affaires de l’État et les articles de la presse d’opinion et qui peuvent à leur tour voir leurs échanges relayés et publicisés.