L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Le 11 mai ne sera pas un après. Tout le sens de la communication de l’exécutif est de préparer l’opinion à un entre-deux, une zone grise en quelque sorte, un sas de décompression partiel entre l’enfermement et la sortie, entre le stop et le go.

Pour autant un sentiment diffus d’extrême hésitation se propage quant au mode opératoire de ce déconfinement à petit pas, tel un chat tâtonnant devant un ruisseau. L’impréparation qui a présidé au démarrage de la gestion de la crise rend l’exécutif précautionneux, porteur de toutes les prudences, soucieux d’avouer parfois qu’il avance dans une vallée d’incertitudes et « en même temps » nécessairement contraint de ramener la société française dans les sillons d’une vie sociale retrouvée.

Ce retour à un fonctionnement normalisé de la collectivité est d’autant plus impérieux que l’économie tangente dangereusement vers une catalepsie porteuse de risques innombrables de fracturation sociale. À ce premier facteur s’en rajoute un second, et non des moindres, qui est celui de voisins, l’Allemagne entre autres mais d’autres encore comme l’Autriche ou les pays nordiques, qui nous devancent non seulement dans la maîtrise épidémique mais également dans la réinitialisation de leur existence au quotidien.

Néanmoins ces deux éléments qui stressent forcément l’action gouvernementale font resurgir en creux l’inextinguible question des moyens pour parvenir à un déconfinement optimal.

Avec des tests insuffisants, des masques qui tardent à arriver, la chaîne logistique indispensable à la reprise des activités économiques et sociales demeure sous tensions.

C’est donc à une course contre la montre que l’Etat, lourde machinerie dont l’agilité est questionnée, est dramatiquement soumis. En lâchant la date du 11 mai, le Président à jeté un horizon symbolique à la face de la Nation. Quelque chose à n’en pas douter se passera ce jour-là : reste à savoir comment, avec quelle amplitude, selon quelle fluidité et dans quelles conditions ? Rien ne serait pire qu’un faux départ car dès lors se diffracterait largement dans l’opinion que les effets d’annonce se substituant à l’action tiennent lieu et place de politique.

Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef